L’héminégligence : quand le cerveau n’explore plus spontanément un côté de l’espace

L’héminégligence, ou négligence spatiale unilatérale, est un trouble neuropsychologique particulièrement étonnant.

Elle apparaît le plus souvent après une lésion de l’hémisphère droit du cerveau, notamment à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC). La personne porte alors beaucoup moins spontanément son attention vers le côté gauche de son espace ou de son corps.

Ce n’est pourtant pas un problème de vue. Les yeux peuvent fonctionner correctement et l’information visuelle peut parvenir au cerveau. C’est surtout la manière dont l’attention est orientée et distribuée dans l’espace qui est perturbée.

À quoi cela ressemble-t-il dans la vie quotidienne ?

Une personne présentant une héminégligence gauche peut, par exemple :

  • ne manger que les aliments situés à droite de son assiette ;

  • ne se maquiller ou ne se raser qu’un côté du visage ;

  • ne pas remarquer une personne qui se trouve à sa gauche ;

  • se cogner contre des portes ou des objets situés à gauche ;

  • ne lire que la partie droite d’un texte ;

  • oublier de laver ou d’habiller le côté gauche de son corps ;

  • lorsqu’elle dessine, omettre une partie des éléments situés à gauche.

Ce qui est particulièrement déroutant, c’est que la personne ne ressent pas nécessairement qu’il lui « manque » quelque chose. Les informations situées à gauche ne sont simplement pas suffisamment prises en compte.

Ce n’est pas toujours toute la moitié gauche de l’espace

L’héminégligence peut prendre des formes très différentes.

Chez certaines personnes, elle concerne principalement ce qui se trouve à gauche de leur propre corps. Chez d’autres, elle peut concerner la partie gauche d’un objet, quelle que soit la position de cet objet dans l’espace.

Elle peut aussi toucher le corps lui-même : une personne peut ainsi utiliser, laver ou habiller beaucoup moins spontanément son côté gauche.

Plus étonnant encore, l’héminégligence peut parfois concerner les représentations mentales.

Dans une expérience devenue célèbre, des patients milanais présentant une héminégligence ont été invités à imaginer la Piazza del Duomo de Milan et à la décrire de mémoire. Ils évoquaient principalement les bâtiments situés d’un côté de la place. Lorsqu’on leur demandait ensuite d’imaginer qu’ils se trouvaient à l’extrémité opposée de la place, ils décrivaient les bâtiments qu’ils avaient précédemment omis… et négligeaient ceux qui se trouvaient maintenant de l’autre côté de leur représentation mentale.

L’espace que nous imaginons peut donc, lui aussi, être soumis à nos mécanismes attentionnels.

Pourquoi surtout le côté gauche ?

L’héminégligence gauche est nettement plus fréquente, plus sévère et plus durable après une lésion de l’hémisphère droit que l’héminégligence droite après une lésion de l’hémisphère gauche.

On a longtemps associé ce trouble principalement au lobe pariétal droit. Les recherches montrent aujourd’hui qu’il dépend plutôt de la perturbation de plusieurs régions et réseaux cérébraux qui collaborent pour orienter et réorienter notre attention dans l’espace.

Ces réseaux ne sont pas parfaitement symétriques entre les deux hémisphères. L’hémisphère droit joue notamment un rôle particulièrement important dans la distribution de l’attention spatiale. Une lésion de ces réseaux peut donc créer un déséquilibre important en faveur du côté droit de l’espace.

Héminégligence et conscience du trouble

L’héminégligence peut également s’accompagner d’une diminution de la conscience des difficultés, appelée anosognosie.

La personne peut alors ne pas comprendre pourquoi elle se cogne régulièrement à gauche, laisse la moitié de son assiette intacte ou oublie certains éléments lorsqu’elle dessine.

Cette prise de conscience peut cependant évoluer avec la récupération et la réadaptation.

Peut-on récupérer ?

Oui, l’héminégligence peut s’améliorer, parfois considérablement, notamment dans les semaines et les mois qui suivent un AVC.

La réadaptation vise notamment à aider la personne à réorienter plus systématiquement son attention vers l’espace négligé et à développer des stratégies pour compenser ses difficultés dans la vie quotidienne.

Comme souvent en neuropsychologie, l’objectif n’est pas seulement de réussir un exercice sur une feuille : il s’agit surtout de permettre à la personne de retrouver davantage d’autonomie dans son environnement réel.