Beaucoup d’étudiants passent une grande partie de leur temps à relire leurs cours, surligner ou recopier leurs notes.
Ces activités ne sont pas forcément inutiles. Le problème est qu’elles peuvent facilement donner une impression de maîtrise : à force de revoir une page, tout semble connu, clair et familier.
Mais reconnaître une information lorsqu’elle est devant soi n’est pas la même chose qu’être capable de la retrouver seul le jour de l’examen.
Pour mieux étudier, il est utile de comprendre quelques principes simples sur le fonctionnement de la mémoire.
1. Pour mémoriser, il faut d’abord traiter l’information
On ne mémorise pas automatiquement tout ce que l’on voit ou entend.
Lorsque vous assistez à un cours ou lisez un chapitre, l’information doit d’abord recevoir suffisamment d’attention pour pouvoir être traitée.
Or nos capacités attentionnelles et notre mémoire de travail sont limitées. Si vous essayez de comprendre un raisonnement complexe tout en répondant à des messages, en regardant régulièrement votre téléphone ou en pensant à autre chose, une partie de l’information risque simplement de ne pas être traitée suffisamment en profondeur et donc ne sera pas encodée.
On peut même continuer à lire pendant plusieurs minutes tout en réalisant soudain que l’on ne sait absolument plus ce que l’on vient de parcourir.
C’est une première raison pour laquelle les conditions d’attention comptent : une information mal encodée dès le départ sera forcément plus difficile à retrouver ensuite.
Mais être attentif ne suffit pas.
2. Comprendre, organiser et faire des liens aide à mémoriser
Une information est généralement mieux retenue lorsqu’elle est traitée de manière active et significative.
Par exemple, vous pouvez :
reformuler une notion avec vos propres mots ;
vous demander pourquoi elle est vraie ou comment elle fonctionne ;
chercher un exemple concret ;
la comparer avec une notion proche ;
la relier à quelque chose que vous connaissez déjà ;
expliquer le concept à quelqu’un d’autre ;
construire un schéma représentant les liens entre plusieurs idées.
Plus une nouvelle notion peut s’intégrer à des connaissances déjà présentes, plus elle dispose de points d’accroche permettant de la comprendre et de la retrouver ensuite.
C’est notamment pour cette raison qu’il est généralement plus facile d’apprendre de nouvelles choses dans un domaine que l’on connaît déjà. Les nouvelles informations ne sont plus isolées : elles viennent compléter un réseau de connaissances existant.
Comprendre avant de mémoriser est donc souvent beaucoup plus efficace que répéter mécaniquement des phrases dont on maîtrise mal le sens.
Cela ne signifie évidemment pas que tout puisse être compris ou déduit. Certaines informations — vocabulaire, dates, définitions, formules, noms anatomiques… — nécessitent aussi un apprentissage volontaire et répété.
3. Une information comprise n’est pas encore définitivement mémorisée
C’est un piège fréquent. On vient de lire une explication. Elle est parfaitement claire. On a même l’impression que l’on pourrait l’expliquer.
Quelques jours plus tard… il ne reste parfois plus grand-chose.
Comprendre une information permet de bien commencer l’apprentissage, mais la trace mnésique reste souvent fragile après une seule exposition.
Pour apprendre durablement, il faut donc généralement rencontrer l’information à plusieurs reprises.
Les souvenirs continuent ensuite à évoluer et à se stabiliser : c’est ce que l’on appelle notamment la consolidation.
Espacer les apprentissages
Revoir une matière lors de plusieurs séances réparties dans le temps est généralement plus favorable à la mémoire à long terme que concentrer toutes les répétitions dans une seule longue séance.
À temps d’étude comparable, plusieurs épisodes espacés sont donc souvent préférables à un énorme bloc.
Cela change beaucoup de choses dans la manière d’organiser ses études.
Il n’est pas nécessaire de passer huit heures sur le même cours ni de « terminer » complètement une matière avant d’en ouvrir une autre. On peut au contraire penser l’apprentissage comme un processus multiépisodique :
- une première rencontre pour comprendre la matière ;
- une autre pour l’organiser ;
- une autre pour essayer de la rappeler de mémoire ;
- puis de nouvelles réactivations pour consolider ce qui reste fragile.
Concrètement, cela permet aussi d’alterner plusieurs matières au cours d’une semaine sans avoir l’impression de mal faire parce qu’on n’a pas passé trois jours consécutifs sur le même syllabus.
Un certain oubli entre deux séances n’est d’ailleurs pas nécessairement un problème. Lorsque l’information reste encore récupérable, devoir faire un petit effort pour la retrouver peut justement contribuer à renforcer son apprentissage.
L’espacement ne signifie cependant pas « attendre le plus longtemps possible ». Si l’on attend au point d’avoir quasiment tout oublié, la révision redevient presque un nouvel apprentissage.
L’idée est plutôt de réactiver la connaissance à plusieurs reprises, en espaçant progressivement lorsque le rappel devient plus facile. (PubMed)
Dormir
Le sommeil participe lui aussi aux processus de consolidation de la mémoire.
Réduire fortement son sommeil pour gagner quelques heures d’étude est donc rarement un calcul très rentable : le manque de sommeil affecte non seulement l’attention nécessaire pour apprendre de nouvelles informations, mais prive aussi le cerveau de conditions favorables à la consolidation des apprentissages.
Une bonne nuit de sommeil ne remplace évidemment pas l’étude.
Elle fait partie du processus d’apprentissage.
4. Le point souvent oublié : apprendre, c’est aussi s’entraîner à retrouver
Imaginez maintenant que vous ayez lu trois fois un chapitre.
Le texte vous paraît familier. Vous comprenez tout lorsque vous le relisez.
Fermez le livre et essayez d’expliquer ce que vous venez d’apprendre.
C’est souvent à ce moment que l’on découvre que certaines informations que l’on pensait parfaitement maîtriser sont beaucoup plus difficiles à retrouver.
C’est normal : la mémoire ne doit pas seulement conserver l’information. Elle doit aussi être capable de la récupérer au bon moment.
Et cette récupération peut elle-même être entraînée.
Au lieu de simplement relire, on peut par exemple :
fermer le cours et noter tout ce dont on se souvient ;
répondre à des questions sans regarder les réponses ;
utiliser des flashcards pour se tester ;
refaire un exercice sans consulter immédiatement la solution ;
expliquer la matière à voix haute ;
essayer de reconstruire un schéma ou une démonstration de mémoire.
Cette stratégie est appelée pratique de récupération (retrieval practice).
Elle permet à la fois de vérifier ce que l’on sait réellement et de renforcer l’apprentissage.
Autrement dit :
se tester n’est pas seulement une manière d’évaluer sa mémoire. C’est aussi une manière de l’entraîner.
Et après avoir essayé de rappeler, il est important de vérifier ses réponses. Le feedback permet de corriger les erreurs, de compléter les informations manquantes et d’éviter de consolider une réponse incorrecte.
Essayer de rappeler une matière sans regarder ses notes est inconfortable. On hésite, on oublie, on fait des erreurs.
Et pourtant, cet effort de récupération peut justement rendre l’apprentissage plus durable.
Pourquoi la relecture nous trompe-t-elle si facilement ?
Parce qu’elle rend rapidement l’information familière. Lorsque vous relisez une définition pour la cinquième fois, vous pouvez avoir cette impression très convaincante :
« Oui, oui, je sais ça. »
Mais le texte est sous vos yeux et fournit lui-même une grande partie des indices nécessaires pour comprendre et reconnaître la réponse.
À l’examen, ces indices ont disparu.
La question intéressante n’est donc pas uniquement :
« Est-ce que je comprends lorsque je le lis ? »
mais aussi :
« Est-ce que je peux retrouver et utiliser cette information sans avoir le cours devant moi ? »
Cette distinction entre reconnaître et rappeler explique probablement une partie des mauvaises surprises rencontrées lors des examens.
La relecture n’est pas interdite pour autant. Elle peut être utile pour découvrir une matière, clarifier un passage ou vérifier une réponse.
C’est surtout la relecture utilisée seule comme principale méthode de mémorisation qui pose problème.
Adaptez votre entraînement à l’examen
La meilleure façon d’étudier dépend en partie de ce que vous devrez être capable de faire le jour J.
Si vous devez mémoriser du vocabulaire, des dates ou des définitions, des flashcards ou des questions-réponses peuvent être utiles.
Si vous devez expliquer une théorie, entraînez-vous à la reformuler avec vos propres mots, à donner des exemples et à faire des liens avec d’autres notions.
Si l’examen comporte des exercices, faites réellement les exercices sans consulter immédiatement les solutions.
Et si vous préparez un oral, entraînez-vous à répondre… à voix haute.
Un étudiant peut connaître parfaitement ses notes et être pourtant très peu entraîné à produire une réponse spontanément.
Il est donc utile que l’entraînement ressemble progressivement à ce que vous devrez réellement faire lors de l’évaluation.
Concrètement : comment travailler un chapitre ?
Il n’est pas nécessaire d’utiliser une multitude de techniques. Une organisation relativement simple permet déjà d’appliquer les principes vus plus haut.
1. Comprendre et structurer
Travaillez une partie raisonnable du cours.
Repérez les idées principales, clarifiez les notions que vous ne comprenez pas et essayez de faire des liens avec ce que vous connaissez déjà.
Une bonne question à vous poser est :
« Qu’est-ce que ce chapitre essaie réellement de m’apprendre ? »
2. Fermer le cours et essayer de rappeler
Une fois cette partie étudiée, fermez votre support.
Essayez alors de retrouver les principales informations : expliquez-les à voix haute, écrivez quelques idées sur une feuille blanche, reconstruisez un schéma ou répondez à des questions.
Les blancs de mémoire ne sont pas un échec.
Ils vous indiquent précisément où se situe encore le travail à faire.
3. Vérifier et corriger
Rouvrez ensuite le cours et comparez.
Qu’avez-vous oublié ? Qu’avez-vous confondu ? Qu’avez-vous mal compris ?
Corrigez les erreurs et travaillez surtout les éléments encore fragiles plutôt que de recommencer systématiquement toute la matière depuis le début.
4. Revenir plus tard
Reprenez brièvement la matière le lendemain ou quelques jours plus tard.
Mais essayez, autant que possible, de commencer par rappeler ce que vous savez avant de relire.
Lorsque le rappel devient facile, vous pouvez progressivement espacer davantage les révisions.
Il n’est donc pas nécessaire d’avoir « fini » parfaitement une matière lors de la première séance. Vous allez y revenir.
C’est justement prévu.
En résumé
Pour mémoriser durablement :
1. Soyez réellement attentif.
Une information peu traitée a peu de chances d’être bien retenue.
2. Cherchez à comprendre et organiser.
Reformulez, expliquez, faites des liens et cherchez des exemples.
3. Pensez l’apprentissage en plusieurs épisodes.
Plusieurs séances espacées sont généralement préférables à un énorme bloc de révision.
4. Dormez suffisamment.
Le sommeil participe à l’apprentissage et à la consolidation des souvenirs.
5. Entraînez surtout la récupération.
Fermez régulièrement le cours et essayez de retrouver l’information avant de la revoir.
6. Vérifiez vos réponses.
Les erreurs et les trous de mémoire sont des informations précieuses pour savoir ce qu’il faut retravailler.
La question à se poser après une séance d’étude n’est donc peut-être pas :
« Combien de temps ai-je travaillé ? »
ni même :
« Combien de fois ai-je relu mon cours ? »
mais plutôt :
« Qu’est-ce que je suis maintenant capable d’expliquer, de reconstruire ou d’utiliser sans regarder ? »
C’est là que l’on commence à distinguer le temps passé à étudier de ce qui a réellement été appris.
À tester lors de votre prochaine séance
Prenez une partie de cours que vous venez d’étudier.
Fermez votre support pendant cinq minutes et essayez d’écrire ou d’expliquer tout ce dont vous vous souvenez.
Rouvrez ensuite le cours, comparez et corrigez.
Puis notez simplement de revenir sur cette matière quelques jours plus tard.
Vous venez d’associer trois stratégies particulièrement utiles : rappel actif, feedback et apprentissage distribué.
Références
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Dunlosky, J., Rawson, K. A., Marsh, E. J., Nathan, M. J., & Willingham, D. T. (2013). Improving students’ learning with effective learning techniques: Promising directions from cognitive and educational psychology. Psychological Science in the Public Interest, 14(1), 4–58.
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Trumble, E., Lodge, J., Mandrusiak, A., & Forbes, R. (2024). Systematic review of distributed practice and retrieval practice in health professions education. Advances in Health Sciences Education, 29, 689–714.
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