À partir de la quarantaine, de nombreuses femmes constatent un changement dans leur fonctionnement cognitif. Elles se sentent plus distraites, cherchent davantage leurs mots, oublient ce qu’elles étaient en train de faire ou éprouvent plus de difficultés à organiser leur quotidien. Certaines parlent d’un véritable « brouillard mental ».
Ces difficultés peuvent être déstabilisantes, surtout lorsqu’elles s’ajoutent à de la fatigue, des troubles du sommeil, une charge mentale importante ou une plus grande vulnérabilité émotionnelle. Certaines femmes se demandent alors si elles présentent un TDAH, si elles sont en train de perdre leurs capacités ou si elles ne savent tout simplement plus « gérer ».
Ces symptômes ne sont pourtant ni imaginaires ni nécessairement le signe d’un déclin cognitif. Ils peuvent parfois s’inscrire dans la transition biologique de la périménopause, dont les effets varient considérablement d’une femme à l’autre.
La périménopause : une transition normale, mais parfois coûteuse
La ménopause correspond à l’arrêt définitif des règles. Elle est confirmée après douze mois consécutifs sans menstruations et survient généralement entre 45 et 55 ans.
La périménopause commence plusieurs années auparavant. Les cycles peuvent devenir plus courts, plus longs ou plus irréguliers. Les taux d’œstrogènes et de progestérone ne diminuent pas de manière régulière : ils peuvent fluctuer fortement d’un cycle à l’autre, voire au cours d’un même mois.
Or, les hormones sexuelles ne jouent pas uniquement un rôle dans la reproduction. Elles interagissent avec des systèmes cérébraux impliqués dans l’attention, la mémoire, le sommeil, l’humeur et la régulation émotionnelle. Durant cette période de fluctuations hormonales, le fonctionnement peut donc devenir plus variable et demander davantage d’effort.
Cela ne signifie pas que toutes les difficultés ressenties sont directement causées par les hormones. Les effets de la périménopause sont généralement indirects et multifactoriels : les modifications hormonales interagissent avec le sommeil, le stress, la santé physique, l’histoire personnelle et les contraintes de la vie quotidienne.
Quels effets sur l’attention et la mémoire ?
Les difficultés le plus souvent rapportées concernent notamment :
- une sensation de brouillard mental ou de lenteur ;
- une distractibilité plus importante ;
- des oublis dans la vie quotidienne ;
- des difficultés à retrouver certains mots ;
- une mémoire de travail plus rapidement saturée ;
- une plus grande difficulté à gérer plusieurs informations ou plusieurs tâches simultanément ;
- un coût mental plus élevé pour planifier, décider ou s’organiser ;
- une fatigabilité cognitive accrue.
Il ne s’agit pas toujours d’une perte des connaissances ou des compétences. Le problème concerne souvent davantage la capacité à accéder rapidement aux informations, à les maintenir mentalement ou à les utiliser efficacement lorsque le cerveau est déjà fatigué, préoccupé ou surchargé.
Une tâche auparavant automatique peut alors demander plus d’attention. Les interruptions deviennent plus coûteuses. Il peut être plus difficile de reprendre le fil après avoir été distraite ou de garder en tête plusieurs éléments en même temps.
Des tests cognitifs dans la norme mais des difficultés dans la vie quotidienne
Ce décalage est fréquent. Les recherches montrent que les plaintes de brouillard mental et de mémoire sont plus nombreuses pendant la périménopause, alors que les différences moyennes observées aux tests cognitifs sont souvent faibles.
Une vaste étude publiée en 2026 auprès de plus de 14 000 femmes âgées de 45 à 55 ans a ainsi constaté davantage de symptômes cognitifs déclarés pendant et après la transition ménopausique, mais très peu de différences dans les performances cognitives globales. Les plaintes étaient davantage liées aux symptômes psychologiques, à la fatigue et aux autres manifestations de la ménopause qu’à une diminution générale des capacités. Naysmith et al., 2026
Cela ne signifie pas que les difficultés ne sont pas réelles. Un test est réalisé pendant un temps limité, dans un environnement calme et structuré. Il ne reproduit pas une journée entière de travail, les interruptions, les responsabilités familiales, les mauvaises nuits ni l’effort nécessaire pour continuer à fonctionner malgré la fatigue.
Les tests évaluent surtout ce qu’une personne parvient à faire dans des conditions précises. Ils mesurent moins bien le coût de cette performance, les fluctuations au cours de la journée ou les petits ratés qui se répètent dans la vie quotidienne.
Les hormones sont rarement seules en cause
Le fonctionnement cognitif dépend de nombreux facteurs qui s’influencent mutuellement. Durant la périménopause, les difficultés peuvent notamment être amplifiées par :
- des réveils nocturnes, des sueurs ou des bouffées de chaleur ;
- une dette de sommeil accumulée ;
- un stress chronique ou une surcharge mentale ;
- un épuisement professionnel ou familial ;
- une anxiété ou une dépression ;
- des douleurs ou d’autres problèmes de santé ;
- certains médicaments ou certaines consommations ;
- un manque d’activité physique et de récupération ;
- un TDAH ou un autre fonctionnement neurodéveloppemental préexistant.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre une explication hormonale, psychologique ou cognitive. Il est généralement plus utile de comprendre comment plusieurs facteurs se combinent chez une personne donnée.
Une femme peut, par exemple, traverser une transition hormonale qui perturbe son sommeil, alors qu’elle assume déjà une charge professionnelle et familiale élevée. Sa mémoire de travail devient alors plus rapidement saturée, elle commet davantage d’oublis, se sent moins efficace et commence à douter de ses capacités. Cette inquiétude augmente encore sa tension mentale et rend la concentration plus difficile.
Périménopause ou TDAH ?
La distractibilité, les oublis, la désorganisation, les difficultés à commencer une tâche ou les variations de motivation peuvent évoquer un TDAH. Les deux situations ne doivent cependant pas être confondues.
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement. Même s’il n’a pas été identifié pendant l’enfance, certaines manifestations étaient généralement déjà présentes : tendance à rêvasser, oublis, désordre, difficultés à étudier régulièrement, procrastination, impulsivité, agitation ou fonctionnement très dépendant de l’intérêt et de l’urgence.
Lorsque les difficultés apparaissent réellement pour la première fois autour de la périménopause, il est important d’examiner d’abord le sommeil, le stress, la santé physique, la charge mentale et les symptômes hormonaux. Des problèmes récents d’attention ne soutiennent pas l’hypothèse d’un TDAH.
Les deux peuvent aussi coexister. Une femme ayant toujours présenté mais compensé certaines fragilités attentionnelles peut se retrouver en difficulté lorsque le sommeil devient moins réparateur, que la fatigue augmente ou que les exigences de la vie dépassent ses ressources disponibles. La périménopause ne « crée » alors pas nécessairement le TDAH : elle peut rendre un équilibre antérieur plus difficile à maintenir.
Les recherches consacrées aux interactions entre TDAH et hormones féminines progressent, mais restent encore limitées et partiellement contradictoires. Une évaluation sérieuse doit donc tenir compte de l’histoire développementale, du contexte actuel et des autres facteurs susceptibles d’expliquer ou d’amplifier les symptômes. Revue systématique sur le TDAH et les hormones sexuelles, 2025
Quelle place pour le traitement hormonal ?
Le traitement hormonal de la ménopause peut être envisagé lorsque les symptômes le justifient, après une évaluation médicale individualisée tenant compte de l’âge, des antécédents, des risques éventuels et des préférences de la patiente.
Il constitue le traitement le plus efficace des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes et peut également améliorer certains symptômes génito-urinaires. Lorsqu’il réduit les symptômes vasomoteurs et améliore le sommeil, il peut avoir un effet indirect favorable sur l’énergie, l’humeur ou la disponibilité cognitive. Recommandations NICE
En revanche, le traitement hormonal n’est pas considéré comme un traitement direct des difficultés attentionnelles ou exécutives isolées. Il n’est pas recommandé dans le seul but d’améliorer la mémoire ou de prévenir une démence.
L’étude KEEPS Continuation, qui a suivi des femmes en bonne santé ayant commencé un traitement hormonal peu après la ménopause, n’a retrouvé ni bénéfice cognitif durable ni effet négatif à long terme par rapport au placebo. Ces résultats sont toutefois très rassurants concernant l’usage du traitement pour ses indications habituelles. Gleason et al., 2024
La décision doit donc être discutée avec un médecin traitant ou un gynécologue formé à la ménopause, en fonction de l’ensemble des symptômes et non du seul brouillard mental.
Quels leviers peuvent réellement aider ?
Rechercher les facteurs qui aggravent les difficultés
Pendant quelques semaines, il peut être utile de noter brièvement la qualité du sommeil, les symptômes physiques, l’humeur, le niveau de stress, les éventuelles variations du cycle et les moments où le brouillard mental est le plus marqué. L’objectif n’est pas de tout surveiller, mais d’identifier des associations utiles.
Protéger le sommeil
Le sommeil participe directement à l’attention, à la mémorisation et à la régulation émotionnelle. Lorsque les réveils nocturnes, les bouffées de chaleur ou une insomnie deviennent fréquents, il ne suffit pas toujours de donner quelques conseils d’hygiène de vie : ces symptômes méritent d’être évalués et, si nécessaire, traités.
Soulager la mémoire de travail
Lorsque le cerveau est plus rapidement saturé, il est préférable de ne pas lui demander de tout garder mentalement. Un agenda fiable, des rappels, une liste principale, des routines visibles et la réduction du multitâche peuvent diminuer considérablement le coût du quotidien.
Il ne s’agit pas de « tricher », mais d’utiliser l’environnement comme une mémoire externe. Une bonne stratégie cognitive ne consiste pas à essayer de tout retenir : elle consiste aussi à savoir ce qu’il est préférable de déposer ailleurs.
Bouger régulièrement et préserver sa force
L’activité physique soutient le sommeil, l’humeur, la santé cardiovasculaire et le fonctionnement cérébral. Elle contribue également à limiter les effets de l’âge et de la transition hormonale sur la santé osseuse et musculaire.
Les activités d’endurance comme la marche rapide, la course, le vélo ou la natation peuvent être associées à du renforcement musculaire progressif. La marche et le yoga restent utiles, mais ne fournissent pas toujours, à eux seuls, une stimulation suffisante pour préserver la force et la masse musculaire qui tend à décliner sous l’effet de la chute du taux d’œstrogènes.
Prendre soin du corps sans chercher la perfection
Une alimentation suffisamment nourrissante, des apports adaptés en protéines, une consommation d’alcool modérée, des moments de récupération et des activités plaisantes constituent des soutiens importants. Il ne s’agit pas d’ajouter de nouvelles injonctions à une période déjà exigeante, mais d’identifier quelques leviers réalistes.
Réduire la charge plutôt que se critiquer davantage
Lorsque l’efficacité diminue, la première réaction est souvent d’exiger encore plus de soi : mieux s’organiser, travailler davantage, ne plus oublier, reprendre le sport, mieux dormir et rester disponible pour tout le monde.
Cette pression supplémentaire peut aggraver la fatigue et le sentiment d’échec. Adapter temporairement ses attentes, simplifier certaines tâches, demander de l’aide ou renoncer à quelques exigences secondaires n’est pas un manque de volonté. C’est parfois une réponse ajustée à une période où les ressources sont plus fluctuantes.
Quand demander un avis médical ?
Il est utile d’en parler à un médecin ou à un gynécologue lorsque :
- les cycles deviennent très irréguliers ou que les saignements changent nettement ;
- les bouffées de chaleur ou les troubles du sommeil sont fréquents ;
- la fatigue, l’humeur ou les difficultés cognitives affectent le travail ou la vie familiale ;
- les symptômes deviennent difficiles à supporter ;
- vous souhaitez discuter des bénéfices et des risques d’un traitement hormonal ou non hormonal.
Une évaluation médicale est particulièrement importante si les difficultés cognitives apparaissent brutalement, s’aggravent rapidement, entraînent une perte d’autonomie ou s’accompagnent d’autres symptômes inhabituels. Il ne faut pas attribuer automatiquement toute difficulté nouvelle à la ménopause.
À retenir
La périménopause est une transition biologique normale, mais elle peut avoir un impact réel sur le sommeil, l’énergie, l’attention, la mémoire et la régulation émotionnelle.
Les symptômes cognitifs sont généralement multifactoriels. Les fluctuations hormonales peuvent y contribuer, mais elles interagissent avec la fatigue, le stress, la santé physique, le contexte de vie et d’éventuelles fragilités préexistantes.
Des tests cognitifs normaux ne signifient pas nécessairement que la personne ne rencontre aucune difficulté : ils peuvent ne pas refléter les fluctuations, le coût mental et la complexité de la vie quotidienne.
Enfin, se sentir moins efficace pendant cette période n’est ni un échec personnel ni une preuve de manque de volonté. Il peut être utile de comprendre ce qui a changé, de traiter les symptômes qui peuvent l’être et d’adapter temporairement son fonctionnement plutôt que de se demander sans cesse pourquoi on n’arrive plus à faire « comme avant ».
Sources principales
- Metcalf et al. (2023), Cognitive Problems in Perimenopause: A Review of Recent Evidence
- Naysmith et al. (2026), Cognition and the menopause transition
- NICE, Menopause: identification and management
- The North American Menopause Society (2022), position statement on hormone therapy
- Gleason et al. (2024), KEEPS Continuation Study
