Accident vasculaire cérébral : reconnaître les signes et agir rapidement
L’accident vasculaire cérébral, ou AVC, est une urgence médicale. Il survient lorsque la circulation sanguine est interrompue dans une partie du cerveau. Privées d’oxygène et de nutriments, les cellules cérébrales commencent rapidement à dysfonctionner et peuvent être endommagées de manière irréversible.
En Belgique, environ 30 000 personnes seraient touchées chaque année. Plus la prise en charge est rapide, plus les possibilités de limiter les lésions cérébrales et les séquelles sont importantes.
Les différents types d’AVC
L’AVC ischémique
L’AVC ischémique est provoqué par l’obstruction d’une artère cérébrale, généralement par un caillot sanguin. Une partie du cerveau n’est alors plus suffisamment alimentée en sang. On parle également d’infarctus cérébral.
L’AVC hémorragique
L’AVC hémorragique survient lorsqu’un vaisseau sanguin se rompt et provoque un saignement dans le cerveau. Le tissu cérébral peut être endommagé à la fois par l’interruption de la circulation sanguine et par la pression exercée par l’hémorragie.
L’accident ischémique transitoire
L’accident ischémique transitoire, ou AIT, provoque les mêmes symptômes qu’un AVC, mais ceux-ci disparaissent spontanément, souvent en quelques minutes ou quelques heures.
Il est parfois appelé « mini-AVC », mais cette expression risque d’en minimiser la gravité. Un AIT constitue une urgence et un important signal d’alerte : il est impossible, au moment où les symptômes apparaissent, de savoir s’ils vont disparaître ou persister.
Même lorsque les symptômes se résorbent complètement, il faut appeler immédiatement le 112.
Comment reconnaître un AVC ?
Les symptômes apparaissent généralement de manière brutale. Ils dépendent de la région du cerveau touchée, mais certains signes sont particulièrement fréquents.
Retenez principalement :
Visage : un côté du visage s’affaisse, la bouche est déviée ou le sourire devient asymétrique ;
Bras : une faiblesse, un engourdissement ou une paralysie apparaît dans un bras ou une jambe, souvent d’un seul côté ;
Parole : la personne parle de manière inhabituelle, cherche ses mots, ne comprend plus correctement ou produit un discours incompréhensible ;
Urgence : il faut immédiatement appeler le 112.
D’autres symptômes peuvent également survenir :
une perte soudaine de la vision ou une vision double ;
une perte brutale de l’équilibre ou de la coordination ;
des vertiges inhabituels ;
une confusion soudaine ;
un mal de tête extrêmement intense et inhabituel, parfois décrit comme un « coup de tonnerre » ;
des nausées, des vomissements ou une perte de connaissance associés à ces symptômes.
Un AVC ne provoque pas nécessairement de douleur. Il peut aussi toucher une personne jeune. Il ne faut donc jamais attendre de voir si son état s’améliore.
Que faire en attendant les secours ?
En cas de suspicion d’AVC :
appelez immédiatement le 112 ;
notez l’heure à laquelle les symptômes ont commencé ou la dernière heure à laquelle la personne a été vue sans symptôme ;
ne conduisez pas vous-même la personne à l’hôpital, sauf indication des services d’urgence ;
ne lui donnez ni nourriture, ni boisson, ni médicament ;
installez-la en sécurité et surveillez son état ;
si elle perd connaissance et ne respire plus normalement, suivez les instructions du service d’urgence.
Il ne faut pas contacter d’abord le médecin généraliste, attendre le retour d’un proche ou espérer que les symptômes disparaissent. Chaque minute compte.
Quels traitements sont possibles ?
À l’arrivée à l’hôpital, un scanner ou une autre imagerie cérébrale permet notamment de déterminer s’il s’agit d’un AVC ischémique ou hémorragique. Les traitements sont différents selon le type d’AVC.
Dans certains AVC ischémiques, une thrombolyse intraveineuse peut être administrée afin de dissoudre le caillot. Chez les patients qui remplissent les critères médicaux, ce traitement est habituellement envisagé dans les quatre heures et demie suivant le début des symptômes. Dans certaines situations particulières, une imagerie avancée peut permettre de traiter plus tardivement.
Lorsqu’une grosse artère cérébrale est obstruée, une thrombectomie mécanique peut parfois être réalisée : un dispositif introduit dans l’artère permet de retirer directement le caillot. Chez certains patients sélectionnés sur la base de l’imagerie et de la localisation de l’occlusion, ce traitement peut rester indiqué plusieurs heures après le début de l’AVC, parfois jusqu’à 24 heures.
Tout le monde ne peut pas bénéficier de ces traitements. Cependant, arriver rapidement dans une unité spécialisée augmente les possibilités thérapeutiques.
Quelles peuvent être les conséquences d’un AVC ?
Les conséquences varient considérablement d’une personne à l’autre. Elles dépendent notamment :
de la localisation et de l’étendue des lésions ;
du type d’AVC ;
de la rapidité de la prise en charge ;
de l’âge et de l’état de santé antérieur ;
des éventuelles complications ;
de la récupération et de la réadaptation.
Un AVC peut entraîner différents types de difficultés.
Des troubles moteurs ou sensoriels
La personne peut présenter une faiblesse ou une paralysie d’un côté du corps, une diminution de la sensibilité, des douleurs, une perte d’équilibre ou des difficultés à coordonner ses mouvements.
Des troubles du langage et de la communication
Certaines personnes éprouvent des difficultés à trouver leurs mots, à construire leurs phrases, à comprendre le langage, à lire ou à écrire. Il s’agit notamment des différentes formes d’aphasie.
Des troubles cognitifs
Un AVC peut affecter :
l’attention et la concentration ;
la vitesse de traitement de l’information ;
la mémoire ;
l’organisation et la planification ;
le raisonnement ;
les capacités visuospatiales ;
la reconnaissance des objets, des visages ou des lieux ;
la conscience de ses propres difficultés.
Ces troubles peuvent être discrets et ne pas se voir immédiatement, tout en ayant un effet important sur l’autonomie, la reprise du travail, la conduite ou la gestion de la vie quotidienne.
Des changements émotionnels ou comportementaux
Une irritabilité, une anxiété, une humeur dépressive, une perte de motivation, une plus grande sensibilité émotionnelle ou des changements de comportement peuvent apparaître. Ces manifestations ne relèvent pas simplement d’un manque de volonté : elles peuvent être liées aux lésions cérébrales, à la fatigue et à l’épreuve psychologique vécue.
Une fatigue importante
La fatigue post-AVC est fréquente. Elle peut être physique, mais aussi cognitive : réfléchir, suivre une conversation, lire ou rester concentré peut demander beaucoup plus d’énergie qu’auparavant. Elle mérite d’être reconnue et prise en compte dans la réadaptation.
Les correspondances entre une zone précise du cerveau et une fonction ne sont jamais totalement mécaniques. Par exemple, une lésion de l’hémisphère gauche affecte fréquemment le langage, tandis qu’une lésion de l’hémisphère droit peut davantage perturber l’attention spatiale ou la perception globale. Les conséquences réelles doivent toutefois être évaluées individuellement.
Quels sont les principaux facteurs de risque ?
Certains facteurs ne peuvent pas être modifiés, comme l’âge, les antécédents familiaux ou le fait d’avoir déjà présenté un AVC ou un AIT.
De nombreux facteurs peuvent cependant être dépistés, traités ou réduits.
L’hypertension artérielle
L’hypertension est le principal facteur de risque modifiable d’AVC. Comme elle ne provoque souvent aucun symptôme, de nombreuses personnes ignorent qu’elles sont hypertendues. Il est donc important de faire contrôler régulièrement sa tension et de suivre le traitement prescrit.
Le tabagisme
Le tabac endommage les vaisseaux sanguins, favorise l’athérosclérose et augmente le risque de formation de caillots. Le tabagisme passif contribue également au risque cardiovasculaire.
Les troubles cardiaques
La fibrillation auriculaire est un trouble du rythme cardiaque qui peut favoriser la formation d’un caillot dans le cœur. Celui-ci peut ensuite migrer vers le cerveau. Le dépistage et, lorsque cela est indiqué, le traitement anticoagulant réduisent fortement ce risque.
Les autres facteurs de risque
Ils comprennent notamment :
le diabète ;
un taux élevé de LDL-cholestérol ;
le surpoids et l’obésité ;
le manque d’activité physique ;
une alimentation trop riche en sel et pauvre en fruits et légumes ;
une consommation excessive d’alcool ;
certaines maladies rénales ;
la consommation de certaines drogues, comme la cocaïne.
Certaines situations médicales ou certains traitements hormonaux peuvent également modifier le risque individuel. Ils doivent être discutés avec un médecin, notamment en présence de migraines avec aura, de tabagisme, d’hypertension ou d’antécédents vasculaires.
Une bonne hygiène de vie ne permet pas d’éviter tous les AVC, mais la prise en charge de l’hypertension, du diabète, du cholestérol, des troubles cardiaques et du tabagisme réduit nettement le risque.
Après l’AVC : une récupération très variable
Certaines personnes récupèrent rapidement et retrouvent une grande partie de leurs capacités. D’autres conservent des difficultés durables. La récupération n’est pas toujours linéaire : des progrès peuvent alterner avec des périodes de fatigue ou de stagnation.
La réadaptation doit être adaptée aux besoins, aux capacités et aux objectifs de la personne. Elle repose généralement sur une équipe pluridisciplinaire pouvant comprendre :
un médecin spécialiste en neurologie ou en médecine physique ;
un kinésithérapeute pour la motricité, l’équilibre et la marche ;
un logopède pour le langage, la communication ou la déglutition ;
un ergothérapeute pour l’autonomie et l’adaptation des activités quotidiennes ;
un neuropsychologue pour les difficultés cognitives, émotionnelles et comportementales ;
un psychologue ou un psychiatre lorsque la situation le nécessite ;
les infirmiers, assistants sociaux et autres professionnels impliqués dans le projet de soins.
La famille et les proches ont également une place importante. Ils doivent pouvoir recevoir des informations sur les conséquences de l’AVC, les moyens d’aider la personne et la nécessité de préserver leurs propres ressources.
Quel est le rôle du neuropsychologue ?
Un bilan neuropsychologique permet d’examiner les fonctions cognitives susceptibles d’avoir été affectées : attention, mémoire, langage, fonctions exécutives, vitesse de traitement, perception ou capacités visuospatiales.
Il permet également de mettre en évidence les capacités préservées, sur lesquelles la personne pourra s’appuyer pour retrouver davantage d’autonomie.
Selon les résultats et les besoins, un accompagnement peut être proposé afin de :
mieux comprendre les difficultés rencontrées ;
apprendre à gérer la fatigue cognitive ;
travailler certaines fonctions déficitaires ;
développer des stratégies de compensation ;
adapter l’environnement et l’organisation quotidienne ;
préparer progressivement la reprise du travail ou d’autres activités ;
accompagner les changements émotionnels et l’ajustement au handicap ;
informer et soutenir les proches.
La remédiation cognitive ne repose pas uniquement sur des exercices. Elle cherche surtout à favoriser le fonctionnement de la personne dans des situations concrètes et importantes pour elle. Une évaluation neuropsychologique individualisée améliore la compréhension de ses forces et de ses difficultés et contribue à orienter la prise en charge.
En conclusion
Un AVC peut toucher les fonctions motrices, le langage, la cognition, les émotions et l’autonomie. Certaines séquelles sont immédiatement visibles, tandis que d’autres, comme la fatigue, le ralentissement ou les difficultés attentionnelles, peuvent être plus discrètes.
Face à une paralysie du visage, une faiblesse d’un membre, un trouble soudain de la parole, de la vision ou de l’équilibre, une seule attitude est indiquée :
appelez immédiatement le 112, même si les symptômes semblent légers ou disparaissent.
Sources principales
Organisation mondiale de la Santé. Accident vasculaire cérébral, 2025.
Belgian Stroke Council. Reconnaître un AVC.
American Heart Association/American Stroke Association. Guideline for the Early Management of Patients With Acute Ischemic Stroke, 2026.
National Institute for Health and Care Excellence. Stroke Rehabilitation in Adults, 2023.
American Heart Association. Cognitive Impairment After Ischemic and Hemorrhagic Stroke, 2023.
Catherine DEMOULIN
Neuropsychologue – Docteure en Sciences Psychologiques

