Vous vous installez pour travailler. Quelques minutes plus tard, vous consultez un message, pensez à quelque chose qu’il ne faut surtout pas oublier, ouvrez un nouvel onglet… et réalisez soudain que vous avez perdu le fil.
Rien d’anormal : notre attention n’est pas conçue pour rester parfaitement fixée sur une même tâche pendant des heures. Elle fluctue, se laisse attirer par ce qui est nouveau ou important et tend davantage à vagabonder lorsque le temps passé sur une tâche augmente.
Bien se concentrer ne signifie donc pas ne jamais décrocher. L’enjeu est plutôt de faciliter le maintien de l’attention sur ce qui compte et de pouvoir y revenir rapidement lorsqu’elle s’en éloigne.
Voici quelques stratégies simples.
1. Donnez à votre attention une cible précise
« Travailler sur mon rapport » ou « étudier mon cours » sont des objectifs très larges et vagues.
Ils obligent encore votre cerveau à décider : par où commencer ? Jusqu’où aller ? Qu’est-ce que je dois faire exactement ?
Avant de commencer, définissez plutôt une action concrète :
Pendant les 30 prochaines minutes, je relis cette section et j’en résume les cinq idées principales.
ou :
Je rédige l’introduction de ce rapport, sans chercher à la rendre parfaite.
Plus la cible est claire, plus il est facile de constater que l’on s’en éloigne… et d’y revenir.
Pour une tâche longue, découpez-la en étapes suffisamment petites pour savoir exactement ce que vous êtes en train de faire.
2. Ne demandez pas inutilement à votre cerveau de résister aux distractions
Se concentrer dans un environnement rempli de sollicitations demande davantage de contrôle.
Une notification, un message qui apparaît à l’écran ou une conversation à proximité peuvent détourner l’attention, parfois même si nous ne répondons pas à la sollicitation.
Plutôt que de compter uniquement sur votre volonté :
désactivez les notifications pendant les périodes de concentration ;
éloignez le téléphone si vous avez tendance à le consulter automatiquement ;
fermez les onglets et applications dont vous n’avez pas besoin.
L’objectif n’est pas nécessairement de travailler dans un bureau parfaitement vide et silencieux. Certaines personnes ont au contraire besoin d’un peu de stimulation pour rester mobilisées.
Cherchez surtout l’environnement dans lequel vous devez fournir le moins d’effort possible pour ignorer ce qui n’est pas pertinent.
3. Faites une chose à la fois… autant que possible
Nous parlons volontiers de « multitâche », mais lorsque deux activités demandent réellement de l’attention, notre cerveau ne les réalise généralement pas toutes les deux en parallèle : il bascule rapidement de l’une à l’autre.
Et chaque bascule a un coût.
Lire un rapport, interrompre sa lecture pour répondre à un mail, revenir au rapport, vérifier un message, puis essayer de retrouver l’idée que l’on avait en tête augmente les occasions de perdre le fil.
Lorsque la tâche demande de la concentration, essayez donc de limiter les changements de cible : terminez un petit bloc de travail avant de consulter les mails, regroupez certaines tâches similaires et évitez de laisser ouvertes en permanence les différentes portes par lesquelles votre attention peut s’échapper.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il est impossible de marcher en réfléchissant ou d’écouter un podcast en pliant du linge : certaines activités suffisamment automatisées peuvent très bien être combinées.
4. Donnez une place aux pensées qui vous interrompent
Toutes les distractions ne viennent pas de l’extérieur.
« Il faut que je réponde à ce mail. »
« Ne pas oublier de prendre rendez-vous. »
« Pourquoi m’a-t-il dit ça hier ? »
« Tiens, je devrais regarder les horaires du train… »
Essayer de chasser volontairement chacune de ces pensées peut devenir une tâche en soi.
Une stratégie simple consiste à garder à proximité une feuille ou une note intitulée par exemple « à traiter plus tard ».
Lorsqu’une pensée importante apparaît, notez-la en quelques mots puis revenez à votre tâche.
Le but n’est pas de supprimer la pensée mais de ne plus devoir choisir immédiatement entre m’en occuper maintenant et risquer de l’oublier.
Bien sûr, toutes les distractions internes ne se règlent pas avec un carnet. Lorsqu’une personne est très anxieuse, préoccupée, épuisée ou traverse une période émotionnellement difficile, son attention est naturellement davantage mobilisée par ce qui lui arrive.
Dans ce cas, le problème n’est pas simplement un manque de technique de concentration.
5. Travaillez par périodes compatibles avec votre attention
La méthode Pomodoro propose classiquement 25 minutes de travail et 5 minutes de pause.
Elle convient très bien à certaines personnes… mais 25 minutes n’est pas une durée magique.
Selon la tâche, votre niveau de fatigue, votre intérêt et votre fonctionnement personnel, vous serez peut-être plus efficace avec des périodes de 20, 40 ou 50 minutes.
L’idée importante est ailleurs : éviter d’imaginer qu’une bonne séance de travail doit nécessairement être un long tunnel de concentration ininterrompue.
Vous pouvez vous donner une période définie :
Je travaille uniquement sur cette tâche pendant 40 minutes, puis je réévalue.
Un minuteur peut être utile non pas pour vous forcer à travailler, mais pour externaliser la gestion du temps et vous éviter de vérifier constamment depuis combien de temps vous travaillez.
6. Faites de vraies pauses
Quand l’attention commence à décrocher fortement, s’acharner n’est pas toujours la stratégie la plus productive.
Une pause peut permettre de changer momentanément d’état : se lever, marcher quelques minutes, regarder au loin, prendre l’air, boire quelque chose ou simplement laisser son esprit vagabonder.
Toutes les pauses ne se ressemblent cependant pas.
Ouvrir machinalement son téléphone peut être agréable et parfaitement assumé, mais c’est aussi introduire immédiatement une nouvelle succession d’informations, de sollicitations et de décisions.
Si votre objectif est réellement de souffler quelques minutes, une activité simple, physique ou peu stimulante est souvent plus adaptée.
Et parfois, le problème n’est pas la concentration elle-même
Une diminution de la concentration peut avoir de nombreuses causes : manque de sommeil, stress, anxiété, humeur dépressive, douleur, surcharge mentale, épuisement, effets d’un traitement, TDAH ou encore certaines difficultés neurologiques.
Elle peut également être très dépendante du contexte : certaines personnes se concentrent parfaitement lorsqu’une tâche est intéressante, urgente ou stimulante et beaucoup plus difficilement lorsqu’elle est répétitive ou peu motivante.
Il est donc rarement très utile de conclure simplement :
« Je manque de concentration. »
La question la plus intéressante est plutôt :
Dans quelles situations mon attention fonctionne-t-elle bien, dans quelles situations décroche-t-elle… et qu’est-ce qui change entre les deux ?
C’est souvent en comprenant ces conditions que l’on trouve les stratégies les plus efficaces.
En résumé
Pour mieux se concentrer, il ne s’agit pas nécessairement d’apprendre à exercer davantage de contrôle sur soi.
Il est souvent beaucoup plus efficace de modifier la tâche, l’environnement et l’organisation du travail afin d’avoir moins besoin de ce contrôle.
Clarifier sa cible, réduire les sollicitations inutiles, limiter les changements de tâche, déposer les pensées à traiter plus tard et alterner périodes de concentration et pauses sont autant de moyens de soutenir l’attention plutôt que de lutter constamment contre elle.

