Bouger pour être plus attentif

Un mode de vie peu favorable à l’attention

A l’heure actuelle, on parle beaucoup de troubles de l’attention. Cependant, toutes les difficultés attentionnelles ne sont pas dues à un TDAH.

Le manque de sommeil, le stress, l’anxiété, la surcharge mentale et certaines habitudes de vie peuvent également diminuer notre capacité à nous concentrer.

Notifications, vidéos et messages concurrencent en permanence les activités moins stimulantes, comme lire, étudier ou effectuer une tâche administrative. Cette concurrence est particulièrement problématique pour les personnes présentant un TDAH, qui éprouvent déjà davantage de difficultés à inhiber les distractions et à maintenir leur effort.

Notre mode de vie est également très sédentaire. De nombreux enfants passent une grande partie de leur journée assis, en classe, dans les transports, devant leurs devoirs puis devant les écrans. Le constat est similaire pour beaucoup d’adultes.

Or, le cerveau ne fonctionne pas indépendamment du corps. Le mouvement participe à la régulation de l’éveil, du stress et de l’attention.

Les effets de l’activité physique

Après une activité physique d’intensité modérée à soutenue, certaines personnes se sentent temporairement plus calmes, plus éveillées et davantage capables de se concentrer.

Chez les enfants présentant un TDAH, les études montrent notamment des améliorations ponctuelles de :

  • l’inhibition ;

  • l’attention sélective ;

  • la vigilance ;

  • la flexibilité mentale ;

  • la vitesse de traitement ;

  • la capacité à contrôler ses réponses.

Ces fonctions permettent de résister aux distractions, de freiner une réaction impulsive, de changer de stratégie et de rester engagé dans une tâche.

Bouger avant les devoirs ou avant une activité exigeante peut donc faciliter la mobilisation de l’attention. Les effets immédiats restent limités dans le temps, mais ils peuvent être utilisés de manière stratégique.

Lorsqu’elle est pratiquée régulièrement, l’activité physique peut aussi contribuer à améliorer le sommeil, l’humeur, la gestion du stress, les capacités cardio-respiratoires et certaines fonctions attentionnelles et exécutives.

Les activités qui associent mouvement et contrôle cognitif peuvent être particulièrement intéressantes : sports collectifs, arts martiaux, danse, escalade ou jeux de ballon. Le meilleur choix reste toutefois une activité suffisamment agréable pour être pratiquée durablement.

Comment l’exercice agit-il sur le cerveau ?

Les effets de l’exercice ne reposent pas sur un mécanisme unique. Ils résultent de plusieurs modifications temporaires et durables du fonctionnement cérébral.

Une meilleure disponibilité de la dopamine et de la noradrénaline

Pendant et après l’exercice, l’activité de plusieurs systèmes de neurotransmission augmente, notamment ceux de la dopamine et de la noradrénaline.

Ces neurotransmetteurs interviennent dans :

  • le niveau d’éveil ;

  • la motivation ;

  • la sélection des informations importantes ;

  • le maintien de l’attention ;

  • l’inhibition des réponses impulsives ;

  • la capacité à mobiliser un effort.

Dans le TDAH, la régulation de ces systèmes est souvent moins efficace, en particulier dans les circuits reliant le cortex préfrontal à d’autres régions cérébrales. L’exercice peut donc temporairement rendre ces réseaux plus disponibles et faciliter le contrôle de l’attention et des comportements.

Cela ne signifie toutefois pas que le sport agit exactement comme un médicament psychostimulant. Les mécanismes, l’intensité et la durée des effets sont différents.

Une augmentation du débit sanguin cérébral

Lorsque nous bougeons, le rythme cardiaque et la circulation sanguine augmentent. Le cerveau reçoit davantage d’oxygène et de nutriments, ce qui soutient temporairement son fonctionnement.

Le cortex préfrontal, particulièrement impliqué dans l’attention, la planification, l’inhibition et la mémoire de travail, peut ainsi fonctionner plus efficacement après une activité physique adaptée.

Une stimulation de la plasticité cérébrale

L’exercice favorise également la production de facteurs de croissance, notamment le BDNF, une protéine qui participe à la survie des neurones et au renforcement de leurs connexions.

Le BDNF joue un rôle dans la plasticité cérébrale, c’est-à-dire dans la capacité du cerveau à apprendre, à modifier ses réseaux et à s’adapter à l’expérience.

Une pratique régulière peut ainsi favoriser des changements plus durables dans les réseaux impliqués dans l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives.

Une meilleure régulation du stress

L’activité physique constitue une forme de stress contrôlé : elle active temporairement l’organisme, puis favorise le retour au calme.

Avec une pratique régulière, le système nerveux autonome peut devenir plus efficace pour passer d’un état d’activation à un état de récupération. Cela peut réduire la tension intérieure, améliorer le sommeil et rendre l’attention moins vulnérable au stress.

Ainsi, l’exercice agit à la fois sur l’éveil, les neurotransmetteurs, la circulation cérébrale, la plasticité et la régulation du stress. Ces mécanismes se renforcent mutuellement et peuvent expliquer pourquoi bouger aide certaines personnes à être ensuite plus disponibles mentalement.

L’activité physique ne remplace cependant pas un traitement médical lorsqu’il est indiqué. Elle constitue l’un des éléments d’une prise en charge globale, aux côtés de la psychoéducation, des stratégies concrètes et des adaptations de l’environnement.

Utiliser le mouvement pour soutenir l’attention

Il n’est pas nécessaire de pratiquer un sport intensif. L’objectif est surtout d’intégrer davantage de mouvement dans la journée.

Chez l’enfant, on peut notamment :

  • privilégier la marche ou le vélo ;

  • prévoir une activité physique avant les devoirs ;

  • fractionner le travail par de courtes pauses actives ;

  • permettre de travailler debout ou de changer de position ;

  • encourager les jeux en plein air ;

  • pratiquer régulièrement une activité sportive ;

  • courir, danser ou jouer au ballon en famille.

Certains enfants se concentrent également mieux lorsqu’ils peuvent manipuler un petit objet ou bouger légèrement. Ces aménagements doivent être testés individuellement : le mouvement doit soutenir l’attention, et non devenir une distraction supplémentaire.

Chez l’adolescent et l’adulte, une marche rapide, quelques exercices ou une courte séance de vélo avant une tâche exigeante peuvent aussi faciliter la mise au travail.

En conclusion

L’activité physique ne constitue pas à elle seule un traitement des troubles de l’attention. Elle représente néanmoins un levier accessible pour soutenir l’attention, diminuer le stress, améliorer le sommeil et favoriser la régulation émotionnelle.

Le mouvement ne devrait donc pas être considéré uniquement comme un loisir à pratiquer lorsque le travail est terminé. Pour certaines personnes, il fait partie des conditions qui leur permettent ensuite de réfléchir, d’apprendre et de travailler plus efficacement.

À retenir

Bouger n’est pas nécessairement l’opposé de se concentrer. Pour certains cerveaux, le mouvement permet précisément de devenir plus disponible pour l’attention.

Références scientifiques

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    Consulter l’article en accès libre
    Cette méta-analyse conclut que l’activité physique, ponctuelle ou régulière, peut améliorer le contrôle inhibiteur. Une pratique régulière semble nécessaire pour observer des effets plus nets sur la mémoire de travail et la flexibilité mentale.

  • Li, D., et al. (2023). Effect of physical activity on attention in school-age children with ADHD: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Frontiers in Physiology, 14, 1189443.
    Consulter l’article en accès libre
    Les auteurs observent un effet modéré de l’activité physique sur les difficultés attentionnelles des enfants d’âge scolaire présentant un TDAH.

  • Seiffer, B., Hautzinger, M., Ulrich, R., & Wolf, S. (2022). The efficacy of physical activity for children with attention deficit hyperactivity disorder: A meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Attention Disorders, 26(5), 656–673.
    Consulter l’article en accès libre
    Cette analyse met en évidence des bénéfices possibles sur les fonctions exécutives, les capacités motrices et certains symptômes, tout en soulignant l’hétérogénéité des études.

  • Zhu, F., et al. (2023). Comparative effectiveness of various physical exercise interventions on executive functions and core symptoms in children and adolescents with ADHD: A network meta-analysis. Frontiers in Psychiatry, 14, 1139263.
    Consulter l’article en accès libre
    Les résultats suggèrent que plusieurs formes d’exercice peuvent soutenir les fonctions exécutives. Le choix d’une activité appréciée reste important pour favoriser une pratique durable.

  • Basso, J. C., & Suzuki, W. A. (2017). The effects of acute exercise on mood, cognition, neurophysiology, and neurochemical pathways: A review. Brain Plasticity, 2(2), 127–152.
    Consulter l’article en accès libre
    Cette revue décrit les effets immédiats de l’exercice sur l’éveil, l’humeur et le fonctionnement cognitif, ainsi que plusieurs mécanismes neurobiologiques possibles.

  • Organisation mondiale de la Santé. (2020). Lignes directrices de l’OMS sur l’activité physique et la sédentarité.
    Consulter les recommandations de l’OMS
    L’OMS recommande aux enfants et aux adolescents une moyenne d’au moins 60 minutes quotidiennes d’activité physique d’intensité modérée à soutenue, principalement aérobique.