L’anosognosie : quand on ne perçoit pas ses propres difficultés

Nous avons généralement une certaine capacité à observer notre propre fonctionnement : nous pouvons remarquer que nous sommes plus distraits que d’habitude, que notre mémoire nous joue des tours, que nous avons du mal à nous organiser ou que nous réagissons différemment dans certaines situations.

Cette capacité à réfléchir sur son propre fonctionnement fait partie de ce que l’on appelle la métacognition.

Après une lésion cérébrale, cette capacité peut cependant être perturbée. Une personne peut alors avoir des difficultés bien réelles sans en percevoir complètement l’importance ou les conséquences. On parle d’anosognosie lorsque cette absence ou cette diminution de conscience des troubles résulte d’une atteinte cérébrale.

Une personne peut-elle vraiment ne pas voir ses difficultés ?

Oui. Et il ne s’agit pas simplement de mauvaise volonté.

Après un accident vasculaire cérébral (AVC), un traumatisme crânien ou certaines maladies neurologiques, les mécanismes cérébraux qui permettent de détecter ses erreurs, d’évaluer ses performances et de mettre à jour l’image que l’on a de soi peuvent eux-mêmes être perturbés.

Une personne peut ainsi être persuadée qu’elle fonctionne « comme avant », alors que son entourage observe des changements importants.

L’anosognosie n’est pas toujours totale. Elle peut concerner certaines difficultés mais pas d’autres. Une personne peut, par exemple, reconnaître qu’elle a des problèmes de mémoire tout en sous-estimant fortement ses difficultés d’organisation ou leurs conséquences dans la vie quotidienne.

La conscience des troubles peut également varier selon les situations. Il est parfois plus facile de reconnaître une difficulté lorsqu’on la rencontre concrètement que d’en anticiper les conséquences.

Anosognosie ou déni ?

Les deux phénomènes ne sont pas identiques.

Dans l’anosognosie, la difficulté à reconnaître le trouble est liée au fonctionnement cérébral lui-même. Dans le déni, une personne peut avoir accès à une certaine perception de ses difficultés mais éprouver beaucoup de mal à les accepter, notamment parce qu’elles sont douloureuses ou menaçantes pour son identité.

Dans la réalité clinique, la situation est souvent plus complexe et différents mécanismes peuvent se combiner.

Pourquoi la prise de conscience est-elle importante ?

Pouvoir mieux identifier ses forces et ses difficultés facilite généralement la mise en place de stratégies adaptées.

Par exemple : accepter d’utiliser un agenda ou des rappels, ralentir dans certaines situations, demander de l’aide, aménager son environnement ou apprendre à anticiper les situations dans lesquelles les difficultés risquent d’apparaître.

Une conscience réduite des difficultés peut donc compliquer la réadaptation : pourquoi utiliser une stratégie ou accepter de l’aide lorsque l’on ne perçoit pas le problème ?

Mais cette prise de conscience peut évoluer. En neuropsychologie et en réadaptation, on peut notamment aider la personne à comparer ce qu’elle pense pouvoir faire avec ce qui se passe réellement dans une situation concrète, à observer ses erreurs sans jugement et à expérimenter progressivement de nouvelles stratégies.

L’objectif n’est pas de confronter brutalement la personne à ses difficultés, mais de l’aider à développer une représentation plus juste et plus utile de son fonctionnement.

Trouver un équilibre

Prendre conscience de difficultés apparues après une atteinte cérébrale peut être éprouvant. Cela peut aussi s’accompagner de tristesse, d’anxiété, de frustration ou d’une perte de confiance en soi.

L’enjeu n’est donc pas d’amener une personne à se focaliser sur tout ce qu’elle ne peut plus faire.

Il s’agit plutôt de l’aider à mieux comprendre son fonctionnement actuel, à reconnaître ses difficultés lorsqu’elles sont présentes, mais aussi ses capacités préservées, afin de retrouver progressivement davantage d’autonomie et de confiance.