Le Syndrome de l’imposteur

Céline (nom d’emprunt), 45 ans, cadre dans une multinationale, me consulte car elle a l’impression d’avoir des problèmes d’attention. Elle suspecte un TDAH car elle se sent aussi très agitée mentalement et hyperactive: elle n’arrive pas « à ne rien faire » ou à profiter d’un bon moment. Elle procrastine aussi parfois dans ses projets professionnels.

Lors du premier entretien, Céline explique qu’elle a beaucoup de mal à se concentrer à son travail, qu’elle ne sent pas efficace et qu’elle doit toujours vérifier son travail pour éviter les erreurs. Quand je lui demande si elle reçoit des remarques ou des évaluations négatives de la part de ses collègues ou de ses supérieurs, elle explique qu’ils ne remarquent rien et sont, au contraire, très satisfaits d’elle. Cela la met encore plus mal à l’aise et elle a l’impression qu’on surestime ses compétences ou se trompe sur son compte. Je remarque dans le discours de Céline beaucoup de craintes par rapport au fait de commettre une erreur dans ses tâches professionnelles ou d ‘échouer. Quand je lui demande si elle commet frequemment des erreurs d’innattention, Céline explique que c’est rare parce qu’elle est perfectionniste. Enfin, quand je lui demande comment elle se sent généralement après un succès et sur ce qu’elle se dit intérieurement, elle répond qu’elle est rarement satisfaite de son travail et qu’elle se dit souvent qu’elle aurait pu mieux faire. Dans sa vie privée, Céline n’a pas beaucoup de loisirs en dehors de sa famille et de son ménage. Elle n’arrive pas à se détendre. Quand elle procrastine une tâche importante, c’est pour faire des tâches professionnelles secondaires, mais jamais pour faire une activité plaisante. Céline explique qu’elle a eu des parents très exigeants. Il fallait ramener d’excellentes notes. Elle était dans une école également exigeante où les élèves étaient fréquemment comparés les uns aux autres selon leurs notes. Elle ressentait beaucoup de pression et de stress. Elle a réussi brillament à l’école et plus tard à l’université mais, selon elle, au prix de beaucoup d’efforts. Elle ne pense pas avoir des facilités sur le plan intellectuel car, d’après elle, si elle en avait, elle ne devrait pas faire autant d’efforts pour réussir. Elle pense aussi avoir eu beaucoup de chance dans la vie car elle vient d’un milieu socio-économique favorisé.

Comme je m’y attendais les quelques épreuves attentionnelles que j’ai fait passer à Céline sont très bien réussies. Malgré ses belles performances, Céline montrait cependant beaucoup d’anxiété et de doute lors de l’évaluation. Son histoire n’est pas non plus compatible avec un TDAH. Mais alors, qu’est-ce qui peut expliquer les difficultés d’attention de Céline?

D’une part, Céline manifeste beaucoup de préoccupations anxieuses, ce qui peut affecter ses capacités attentionnelles et sa mémoire de travail. En outre, elle est très souvent stressée et ne semble pas réussir à se détendre, ce qui peut conduire à un épuisement qui va aussi affecter ses ressources attentionnelles. D’autre part, son discours et son histoire démontrent un décalage très important entre la manière dont elle se perçoit (peu efficace, peu compétente) et la manière dont elle est perçue en réalité par son entourage (très organisée, efficace et intelligente), ce qui fait penser au syndrome de l’imposteur.

Le syndrome de l’imposteur (SI) tel que défini par Pauline Rose Clance, désigne un doute persistant quant à ses compétences et une peur irrationnelle d’être démasqué(e) comme un « fraudeur » malgré des succès objectifs. Les personnes qui en souffrent attribuent souvent leurs réussites à des facteurs externes (chance, circonstances, aide d’autrui) plutôt qu’à leurs compétences réelles. Clance a d’abord observé ce phénomène chez des femmes hautement performantes, mais des recherches ultérieures ont montré qu’il concerne aussi bien les hommes que les femmes et peut toucher divers domaines professionnels et académiques.

Les caractéristiques principales du SI selon Clance :

  • Sentiment de fraude malgré des preuves de réussite, impression de tromper les autres
  • Peur d’être exposé(e) comme incompétent(e)
  • Difficulté à intérioriser, accepter ses succès 
  • Attribution des réussites à la chance ou à l’aide extérieure.
  • Auto-exigence excessive, perfectionnisme
  • peur de l’échec et des erreurs

Selon une étude de Bravata et al. (2020), le syndrome de l’imposteur est significativement corrélé à des niveaux élevés d’anxiété. Il est notamment fortement associé à l’anxiété de performance et à l’anxiété généralisée. Les personnes concernées ressentent en effet une pression constante pour maintenir un niveau de réussite élevé par peur d’être « démasquées ». Cette peur peut engendrer :

  • Une rumination anxieuse : anticipation excessive de l’échec et scénarios catastrophes.
  • Un perfectionnisme rigide : procrastination ou surinvestissement pour éviter toute erreur.
  • Des symptômes physiques d’anxiété (palpitations, tensions musculaires, troubles du sommeil).

Lorsque le syndrome de l’imposteur est chronique, il peut évoluer vers une baisse de l’estime de soi, une dévalorisation excessive, un sentiment d’incompétence, épuisement émotionnel qui sont des facteurs de risque majeurs pour la dépression.

le syndrome de l’imposteur et le burnout sont aussi étroitement liés, car les mécanismes psychologiques du premier peuvent favoriser l’épuisement professionnel. Ainsi, un niveau d’auto-exigence excessive conduit à travailler plus que nécessaire pour « prouver sa valeur » ou fournir un travail « parfait ». De même, la difficulté à reconnaître ses réussites mène à un sentiment de ne jamais en faire assez.

Cet hyper-investissement n’est généralement pas compensé par des périodes de repos ou de détente car il y a généralement une sensation de culpabilité lors des pauses. Il n’est donc pas étonnant que les capacités attentionnelles en prennent un coup, elles qui ne sont pas illimitées. En outre, l’anxiété chronique conduit à un stress persistant délétère qui fait le lit du burnout.

Le surinvestissement alterne aussi avec des phases de procrastination : réaliser un travail « parfait » (idéal de la personne) demande énormément d’énergie, de travail et est particulièrement anxiogène. Comme la personne craint d’échouer ou d’être critiquée, elle évite de s’y mettre, se lance frénétiquement dans des tâches plus secondaires (trop stressée pour s’amuser). Quand elle finira par s’y mettre en dernière minute, elle pourra protéger son estime de soi fragile en se disant « Si j’échoue, c’est parce que je n’ai pas assez travaillé, pas parce que je suis incompétente. » Cette stratégie inconsciente de protection peut aussi constituer de l’auto-sabotage : la personne se met elle-même des bâtons dans les roues pour éviter de confronter une peur profonde : l’échec, le rejet, ou la confirmation qu’elle « n’est pas à la hauteur ». Parfois, ça passe et le travail en dernière minute est tout de même bien fait, mais parfois, il est abandonné (« Je préfère ne pas essayer plutôt que de faire quelque chose de moyen. »).

Céline a été rassurée sur ses capacités attentionnelles, mais il lui a donc été vivement conseillé de réaliser un suivi thérapeutique impliquant notamment :

  • Une restructuration cognitive : identifier et déconstruire les pensées automatiques négatives (pensées/croyances dysfonctionnelles), apprendre à attribuer ses succès à ses propres mérites quand c’est justifié, etc.
  • Un travail sur le discours intérieur et l’auto-compassion : accepter ses réussites sans les minimiser, apprendre à se parler de manière encourageante et constructive, etc.
  • L’apprentissage de techniques de gestion du stress : méditation, respiration, TCC, activité physique etc.
  • La psychoéducation sur le phénomène pour prendre du recul (lecture d’ouvrages ou écoute de podcasts sur ce thème)
  • L’apprentissage de stratégies et conseils neuropsychologiques pour mieux comprendre et prendre soin de ses ressources cognitives et émotionnelles.

Sans cela, elle risque effectivement de s’épuiser et de voir un jour ses capacités cognitives réellement affaiblies. En effet, le stress chronique à long terme est délétère pour les capacités cognitives comme la mémoire et l’attention. Le stress prolongé entraîne une libération excessive de cortisol, qui peut littéralement rétrécir l’hippocampe, une structure clé pour la mémoire. Il perturbe aussi les processus de régulation du cortex préfrontal, essentiel pour l’attention soutenue, le contrôle des impulsions et la flexibilité cognitive. Après un burnout, il arrive aussi que l’amygdale, centre de la peur et des émotions, devienne hyperactive, entraînant un état de vigilance permanent. Ce qui peut expliquer pourquoi beaucoup de patients post-burnout se décrivent ainsi souvent comme beaucoup plus sensibles et émotionnels qu’avant.

Catherine Demoulin

Pour aller plus loin:

Le syndrome de l’imposteur : les clés pour changer d’état d’esprit ! De Kevin Chassangre

Traiter la dépréciation de soi : le syndrome de l’imposteur. De Kevin Chassangre

Des livres pour grandir : coups de coeur pour les 5-7 ans

Parce que lire des histoires à son enfant est une des meilleures façons de lui donner le goût de la lecture et de partager un moment tendre et calme avec lui, voici une sélection de quelques-uns de mes coups de cœur en littérature jeunesse pour les 5-7 ans (tous édités par L’école des loisirs):

Aider son enfant à surmonter son anxiété

Comprendre l’anxiété

L’anxiété se définit comme la peur anticipée d’un danger ou d’un malheur, souvent sans menace immédiate. Elle s’accompagne de manifestations physiques et psychiques : tensions musculaires, troubles du sommeil, irritabilité, maux de ventre, difficulté à se concentrer… Dans les cas plus intenses, elle peut provoquer des crises de panique (respiration rapide, nausées, douleurs thoraciques, etc.).

À petites doses, l’anxiété est utile : elle nous aide à anticiper, à nous concentrer et à nous préparer à faire face à une situation (examen, entretien, compétition…). Elle peut nous motiver et améliorer nos performances – c’est ce qu’on observe chez les sportifs, par exemple.

Mais lorsqu’elle devient persistante, excessive et envahissante, sans danger réel, elle peut nuire au quotidien. Elle peut pousser à éviter certaines situations (prendre la parole, affronter un défi, se rendre quelque part…), freiner la réalisation de nos objectifs ou même provoquer une paralysie émotionnelle.

Trois grands types de réactions primaires

L’anxiété provient de la peur, une émotion vitale qui nous a permis de survivre en temps de danger. Face à une menace, notre organisme réagit selon l’un des trois grands mécanismes de défense :

  1. Fuir : Échapper à la menace pour protéger notre sécurité.

  2. Se figer : Rester immobile pour éviter d’attirer l’attention ou de provoquer une attaque.

  3. Combattre : Réagir avec agressivité si nécessaire, par exemple pour se défendre.

Ces trois mécanismes sont ancrés dans notre cerveau. Aujourd’hui, nous sommes moins souvent confrontés à des dangers physiques que nos ancêtres. Nos peurs sont plus fréquemment déclenchées par l’anticipation de difficultés potentielles : échouer à un examen, se ridiculiser à un discours en public, perdre un proche, avoir des problèmes financiers…

Autrement dit, ces trois réponses sont automatiques et programmées biologiquement. Elles sont toujours présentes aujourd’hui, même si les dangers modernes ne sont plus les mêmes que ceux de nos ancêtres.

Les peurs du monde moderne

Dans la société moderne, nous avons donc moins souvent à gérer des dangers physiques immédiats mais bien des scénarios de menaces potentielles que notre esprit nous soumet :

« Et si je me trompe ? »,
« Et s’il lui arrive un accident ? »,
« Et si je ne suis pas à la hauteur ? »,
« Et si j’ai l’air ridicule ? »,

Les personnes souffrant d’anxiété sont particulièrement douées pour imaginer des scénarios catastrophes. Or, même sans menace réelle, le corps réagit comme s’il y avait un danger : le rythme cardiaque s’accélère, les muscles se tendent, la respiration s’emballe… Ce sont les mêmes réactions physiologiques que face à un serpent ou un feu de forêt.
L’anxiété peut alors conduire à une réponse de fuite : éviter la situation stressante à tout prix, se distraire avec une activité qui occupe l’esprit, ou encore se plonger dans la consommation excessive (drogue, alcool). Parfois, l’enfant peut adopter une attitude figée, se sentir paralysé ou complètement résigné face à une situation.

Reconnaître l’anxiété chez son enfant est la première étape pour l’aider à surmonter ses peurs.

Comment aider son enfant à surmonter son anxiété ?

Si l’anxiété de votre enfant devient envahissante, voici quelques pistes pour l’aider à mieux la gérer et à surmonter ses peurs. Si les symptômes persistent, il peut être utile de consulter un psychologue pour un accompagnement plus approfondi.

1. Apprenez-lui à respirer

L’une des premières choses à enseigner à un enfant anxieux, c’est la respiration profonde. En cas de crise, apprendre à respirer lentement permet de calmer le corps en ralentissant le rythme cardiaque et en réduisant les tensions. Vous pouvez lui montrer un exercice simple :

  • Inspire profondément par le nez,

  • Retenir quelques secondes,

  • Expire lentement par la bouche.

Répétez l’exercice plusieurs fois jusqu’à ce que son corps se détende.

2. Encouragez la verbalisation et l’expressiond des émotions

Aider votre enfant à mettre des mots sur ses peurs est crucial. Parfois, exprimer ce qui le tracasse suffit à alléger son anxiété. Demandez-lui ce qu’il ressent, ce qu’il imagine, et encouragez-le à décrire la situation qui l’inquiète. Cette verbalisation permet de mettre en lumière ses pensées irrationnelles et de les questionner. 

Mais les enfants n’ont pas toujours les mots pour exprimer ce qu’ils ressentent. On peut les encourager à utiliser des techniques créatives pour libérer leurs émotions, comme :

  • Le dessin : Demander à l’enfant de dessiner ce qui lui fait peur ou ce qu’il ressent. Cela peut l’aider à verbaliser ce qu’il n’arrive pas à dire.

  • Le jeu de rôle : En jouant à être une autre personne ou un personnage, l’enfant peut mettre de la distance entre lui et ses angoisses (ex: que ferait Spiderman dans la même situation?)

  • L’écriture : Pour les enfants plus grands, leur donner un carnet pour exprimer leurs pensées peut être un excellent exutoire.

3. Valider les émotions sans minimiser

Il est important de ne pas minimiser les peurs d’un enfant, même si elles peuvent sembler irrationnelles pour un adulte. Les angoisses des enfants, comme la peur des monstres sous le lit ou la peur de parler en public, sont réelles pour eux. Dites-lui que vous comprennez ce qu’il ressent. Par exemple :

  • « Je comprends que ça te fasse peur. C’est normal d’avoir un peu peur dans cette situation »

  • « Tu n’es pas le seul. Beaucoup d’enfants ressentent aussi cette peur des monstres même si on a encore jamais découvert de monstres sous le lit.»

Valider les émotions crée un espace de sécurité émotionnelle et permet à l’enfant de ne pas se sentir anormal, honteux ou mal compris.

4. Relativisez les scénarios catastrophes

Une fois qu’il a exprimé ce qu’il ressent, posez des questions pour l’aider à relativiser ses scénarios catastrophe. Par exemple  :

  • Face à un enfant qui se dit qu’il va échouer à une évaluation « Tu as l’air bien préparé. Tu ne penses pas qu’il y a plus de chances que cela se passe bien ? », « Au pire, si tu échoues, que se passera-t-il ? »,
  • Dédramatiser les scénarios catastrophes « Si tu échoues à cette évaluation, ce n’est pas la fin du monde. Tu pourras apprendre de tes erreurs et retenter. »

Les enfants peuvent être plus souples dans leur jugement lorsqu’on les aide à voir les choses sous un autre angle.

5. Renforcez les pensées aidantes et les solutions

Encouragez votre enfant à remplacer ses pensées négatives par des affirmations positives. Par exemple, dans une situation où il se sent anxieux, il pourrait se répéter::

  • « J’ai déjà réussi d’autres fois, je peux y encore arriver »,

  • « Tout le monde fait des erreurs, en faire une, ce n’est pas la fin du monde »,

  • « Mieux vaut essayer des choses que ne rien faire ».

6. Encouragez chaque progrès

L’anxiété ne disparaît pas du jour au lendemain. Félicitez votre enfant à chaque étape franchie, même la plus petite. Que ce soit pour avoir pris la parole en classe, avoir affronté sa peur d’un insecte ou avoir demandé de l’aide, chaque effort mérite d’être reconnu. La confiance en soi se construit progressivement.

7. Ne pas transmettre ses propres angoisses ou de mettre de la pression inutile

Si vous êtes vous-même anxieux, évitez de transmettre vos peurs à votre enfant. Un parent anxieux peut involontairement renforcer l’anxiété chez son enfant en surprotégeant ou en réagissant de manière excessive. Si vous avez des difficultés à gérer votre propre anxiété, il peut être utile de consulter un professionnel pour apprendre à mieux la gérer. 

Les enfants apprennent par l’exemple. Si un parent est capable de montrer comment gérer ses propres peurs et anxiétés de manière saine, cela servira de modèle pour l’enfant. Par exemple, si vous faites face à une situation stressante, montrez à votre enfant comment vous utilisez des techniques de relaxation (respiration, pensée positive, prise de recul). 

Evitez aussi de mettre de la pression à la performance à un enfant qui a peur d’échouer ou qui est perfectionniste. Valoriser les efforts, les progrès plutôt que les résultats, les excellentes notes aide à diminuer l’anxiété de performance et permet à l’enfant de mieux accepter ses erreurs comme des occasions d’apprentissage. 

Si votre enfant est anxieux et ramène un 4/10, évitez de montrer votre déception ou pire, de vous fâcher. Les enfants perfectionnistes se mettent d’eux-même une pression énorme sur leurs épaules, craignant l’échec à tout prix. Cela peut mener à des pensées catastrophiques comme « Si je n’obtiens pas la meilleure note, je vais décevoir tout le monde » ou « Si je ne réussis pas avec au moins 9/10, c’est que je suis nul. »  On peut apaiser leur anxiété en leur rappelant que « Ce n’est pas grave d’échouer oud ‘avoir une moins bonne note, l’important, c’est de comprendre pourquoi et d’essayer différemment la prochaine fois. »

8. Instaurer des routines rassurantes

Les enfants, particulièrement ceux qui souffrent d’anxiété, se sentent souvent plus en sécurité lorsqu’ils savent à quoi s’attendre. Une routine structurée (heure des repas, du coucher, activités régulières) peut aider à réduire l’incertitude et apporter un sentiment de contrôle. Les rituels (comme un câlin avant de dormir, lire une histoire) peuvent être des ancrages qui aident à relâcher la pression et à créer un environnement propice à la détente.

9. Eviter l’isolement social

L’anxiété peut parfois pousser les enfants à se retirer socialement, par peur du jugement ou de l’échec. Encourager doucement l’enfant à maintenir des interactions sociales avec ses pairs peut être bénéfique. Cependant, il est important de ne pas forcer l’enfant. Offrir des situations sociales à faible pression (inviter un ami à la maison, participer à des jeux en groupe) permet à l’enfant de se sentir plus à l’aise et de renforcer son confiance sociale.

10. Encourager l’autonomie de l’enfant face à ses peurs

Il est essentiel de trouver un équilibre entre le soutien et l’autonomie. L’idée n’est pas de tout faire à la place de l’enfant, mais de lui donner les outils nécessaires pour affronter ses peurs progressivement. Par exemple, s’il a peur de l’école, ne pas l’exempter de l’y envoyer, mais l’accompagner dans la gestion de son stress : “Qu’est-ce qui te fait le plus peur à l’école ? Comment pourrais-tu gérer cela ?” Ce type de dialogue stimule son autocontrôle et sa capacité à trouver des solutions adaptées.

11. Être patient et rester positif

L’anxiété ne disparaît pas en un clin d’œil. Soyez patient avec votre enfant et restez positif. Si une situation stressante s’est bien passée, félicite-le pour sa courage. Au contraire, s’il échoue ou ne parvient pas à surmonter une peur, n’en faites pas tout une affaire. Parfois, l’échec est nécessaire pour avancer. Il est essentiel de lui montrer que chaque étape, même difficile, fait partie de son processus d’apprentissage.

12. Consulter un spécialiste en cas de besoin

Si l’anxiété de votre enfant est particulièrement intense, qu’elle affecte son quotidien ou qu’elle persiste malgré vos efforts, il peut être utile de consulter un psychologue ou un psychiatre spécialisé dans l’anxiété infantile. Ces professionnels peuvent aider à identifier les causes sous-jacentes et à mettre en place des stratégies thérapeutiques adaptées.

 

Conclusion : Aider son enfant à se libérer de l’anxiété

L’anxiété est une émotion naturelle, mais elle peut devenir handicapante si elle prend le dessus. Reconnaître les signes et adopter des stratégies adaptées pour gérer les peurs de votre enfant l’aidera à surmonter ses angoisses. Patience, écoute et soutien sont essentiels. 

Pour aller plus loin:

  • « Incroyable Moi maîtrise son anxiété » (Edition midi trente): un guide d’intervention illustré conçu pour aider les enfants à mieux comprendre les manifestations physiques, cognitives et émotionnelles de leur état mais, surtout, à devenir de véritables champions de la gestion de l’anxiété. 
  • « Guide de survie pour surmonter les peurs et les inquiétudes » (Edition midi trente): Stress, phobie des araignées, attaques de panique, craintes reliées à la vie à l’école… Certains jeunes vivent chaque jour avec des peurs, des inquiétudes et de l’anxiété.

 

Le TDA/H: Trouble Dysfonctionnel de l’Attention avec ou sans Hyperactivité

De quoi parle-t-on ?

Le trouble dysfonctionnel de l’attention avec ou sans hyperactivité ou TDA/H est la façon actuelle de concevoir un ensemble de particularités cognitives et comportementales, présentes depuis l’enfance, et qui ont un impact sur le fonctionnement social, scolaire, familial et/ou professionnel de la personne. Ces particularités sont:

  • des symptômes d’inattention persistants :  une tendance excessive à la distraction qui aboutit à des erreurs et des oublis fréquents, à des difficultés à s’organiser, à suivre des instructions jusqu’au bout, à terminer ce qui est commencé… L’inattention entraîne aussi de grandes difficultés à rester concentré sur des tâches peu stimulantes ou bien difficiles, ou encore à suivre une conversation. Le « vagabondage mental » involontaire est très marqué. Cela n’empêche pas que la personne peut rester hyperconcentrée sur des tâches qu’elle apprécie et qui la stimule particulièrement.
  • accompagnés ou non d’hyperactivité et d’impulsivité : cette hyperactivité est le plus souvent désorganisée et non constructive: difficultés à rester assis tranquillement, à se détendre, pensées qui vont dans tous les sens,  bougeotte ou agitation intérieure très présente. L’impulsivité se marque, quant à elle, par des difficultés à inhiber les actions verbales, motrices, cognitives ou émotionnelles: tendance à parler trop, sans réfléchir, à couper la parole, à être impatient, à se précipiter dans l’action, à manquer de tact…

Il est tout à fait possible de présenter un trouble déficitaire de l’attention (TDA) sans présenter des symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité. Le TDA se marque alors principalement par de la lenteur, une forte tendance à la rêverie et au vagabondage mental.

Je suis souvent distrait… Ai-je un TDAH?

Toute personne qui est un peu tête en l’air, rêveuse ou encore très active n’a pas un TDAH pour autant. La question de la sévérité des symptômes et de l’impact fonctionnel de ceux-ci sur le quotidien de la personne est primordiale. Autrement dit, les symptômes doivent être associés à un retentissement clinique ou psycho-social, et être présents dans au moins deux domaines de la vie courante. 

De plus, les symptômes d’inattention ou d’agitation ne sont absolument pas spécifiques au TDA/H. D’autres facteurs, comme l’anxiété, le burnout, une surcharge mentale, une dépression ou un déficit de sommeil, par exemple, peuvent entraîner des symptômes similaires à ceux du TDA/H. Il n’est pas toujours évident de faire la part des choses entre ces différents facteurs.

L’évaluation diagnostique se fait par un entretien avec le patient ou ses parents durant lequel les symptômes et les difficultés sont discutés. Pour que le diagnostic de TDAH soit posé, il faut que des symptômes soient :

  • très fréquents;
  • présents depuis l’enfance (bien qu’ils puissent être parfois compensés par certains facteurs) ;
  • qu’ils aient un impact marqué sur le quotidien de la personne
  • pas mieux expliqués par un autre trouble ou une autre cause (épilepsie, troubles des apprentissages, hypo/hyperthyroïdie, dépression, forte anxiété, addiction au cannabis…)

Notons que des troubles psychoaffectifs peuvent aussi créer chez l’enfant des symptômes semblables à ceux définissant le TDA/H, mais dans ce cas, on parlera d’hyperactivité ou d’inattention réactionnelle et non de TDA/H.

Il en va de même chez un ado ou un adulte qui, par exemple, ne dormirait pas suffisamment ou travaillerait trop: en cas de fatigue ou de surmenage, il est normal de présenter des difficultés d’attention.

Certains enfants ayant de grandes facilités intellectuelles peuvent aussi montrer des symptômes d’inattention en classe et de l’agitation, sans présenter de véritables troubles: leur comportement est alors surtout dû à de l’ennui et à un manque de stimulation intellectuelle adaptée à leur niveau. Cependant, il est aussi possible de présenter à la fois de hautes aptitudes intellectuelles et un TDAH. 

Les évaluations psychologiques peuvent aider à exclure d’autres diagnostics possibles (ex : trouble d’apprentissage, faiblesses intellectuelles, HP, troubles anxieux primaires…) ou encore explorer la contribution de facteurs sociaux ou psychologiques.

Cependant, une comorbidité avec d’autres symptômes, syndromes ou troubles psychiatriques est habituellement retrouvée chez l’enfant et l’adulte TDAH dans environ 75% des cas. Par conséquent, il convient de réaliser par ailleurs une évaluation psychiatrique générale des symptômes, syndromes et troubles habituellement comorbides. Les problèmes de santé mentale les plus fréquents associes au TDAH comprennent les troubles anxieux, dépressifs, bipolaires, l’abus de substances et les addictions, les troubles du sommeil et les troubles de la personnalité; tous doivent être recherchés.

En conclusion, comme le TDAH n’a aucun symptôme spécifiques, les chevauchements avec d’autres troubles peuvent être nombreux. Le diagnostic de TDAH est donc loin d’être évident, surtout plusieurs troubles ou facteurs potentiels sont présents.

Qui pose le diagnostic de TDA/H ?

Le TDAH figure dans le DSM (le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) qui fournit des critères comportementaux qui doivent être remplis pour pouvoir poser le diagnostic. Il n’y a pas de tests biologiques ni psychométriques pour identifier le TDA/H.

En principe, le diagnostic est posé, pour un enfant ou un ado, par un.e neuropédiatre ou pédopsychiatre spécialisé.e dans le TDA/H. Chez les adultes, c’est un.e neurologue ou psychiatre spécialisé.e qu’il faudra consulter (et attention, les listes d’attente sont parfois très longues chez ces spécialistes). Ces médecins s’appuieront sur les antécédents complets de la personne et sur la collecte d’informations transmises par des personnes côtoyant l’enfant (parents, enseignants, bilans effectués chez le/la psy). Il faut toujours une  évaluation médicale complète dans le cas d’un TDAH.

Un.e neuropsychologue (qui est un psychologue) ne pose pas de diagnostic médical comme celui du TDA/H mais peut  mener un entretien clinique  approfondi avec les parents et l’enfant ou avec l’adulte, en vue de récolter un maximum d’éléments, donner son avis sur l’origine des symptômes, émettre des hypothèses diagnostiques qui seront confirmées ou non par un médecin.

Le/la neuropsychologue peut aussi réaliser un bilan intellectuel et neuropsychologique pour évaluer plus précisément les différentes fonctions cognitives (notamment attentionnelles et exécutives) et apporter des informations permettant de mieux comprendre le fonctionnement de l’enfant ou de l’adulte, ses forces et faiblesses. 

Attention ! De bonnes performances dans les épreuves ne permettent pas d’écarter un TDAH. En effet, certains enfants ou adultes ayant les symptômes d’un TDAH dans leur vie quotidienne réussissent les tests car ils sont, par exemple, motivés ou intéressés par les tâches ou encore parce qu’ils se trouvent face à une tâche cadrée, dans un environnement sans distractions. A l’inverse, des personnes sans TDAH peuvent avoir des performances déficitaires à ces tests pour de multiples raisons.

Enfin, en tant que psychologue, le neuropsychologue pourra aussi investiguer les difficultés émotionnelles (anxiété, dépression, trauma…) et vérifier si ces difficultés sont primaires ou secondaires au TDAH.

Les bilans neuropsychologiques ne sont donc pas obligatoires pour poser un diagnostic de TDAH. Cependant, avec l’observation qualitative durant leur passation, ils restent très intéressants pour la compréhension du fonctionnement de la personne et apportent des informations qui pourront être utilisées dans l’accompagnement.

Le rôle de l’environnement

« Dans un environnement adapté, on ne souffre pas du TDAH ».
Dr. Louis VERA

Actuellement, de plus en plus de personnes se plaignent de leurs capacités d’attention et beaucoup se reconnaissent dans les symptômes du TDAH. Certains parlent d’ailleurs de mode. Mais les symptômes du TDAH n’ont rien de nouveau.

Cependant,  la gestion de son attention est devenue cruciale pour bien fonctionner dans le monde d’aujourd’hui. En effet, nous sommes plus que jamais constamment bombardés d’informations, de choix, de distractions, de tentations… Parrallèlement, l’école et le monde du travail favorisent et valorisent les personnes capables de rester focalisées sur leur tâche, les personnes consciencieuses, stables, plutôt que les personnes rêveuses, impulsives, dispersées ou désorganisées.  On peut donc dire que la société actuelle est loin de constituer un environnement favorable aux personnes qui ont ce profil, ce qui peut selon moi expliquer le fait que la question du TDAH  se pose de plus en plus fréquemment.

Si l’on conçoit le TDAH comme une particularité du fonctionnement cognitif qui, en interaction avec l’environnement, aboutit à des comportements dysfonctionnels, on peut dire que l’environnement actuel conduit à une augmentation du nombre de personnes souffrant du TDAH. En effet, la souffrance engendrée par les symptômes du TDAH dépend fortement de l’environnement dans lequel la personne évolue et le monde actuel constitue un véritable challenge pour un cerveau TDAH.

On peut imaginer que, pendant des centaines de milliers d’années, posséder les particularités du TDAH n’étaient pas aussi problématique et pouvait même constituer un avantage sélectif. En tout cas, nos ancêtres ne devaient pas rester tranquillement assis à écouter quelqu’un parler pendant des heures, rédiger des documents, gérer de la paperasse administrative, recevoir et filtrer des milliers d’informations par jour, résister à consulter son Smartphone et ses possibilités infinies de distractions… Or, filtrer et ignorer les distractions pour se concentrer sur une tâche plus utile (mais qui l’intéresse peu) est particulièrement problématique pour une personne TDAH.

Au niveau plus familial, le rôle de l’environnement est aussi déterminant: un environnement compréhensif, cadrant, encourageant et bienveillant peut permettre à la personne TDAH d’accepter ses faiblesses, d’en compenser certaines, d’apprendre des stratégies et d’avancer…  Alors qu’un environnement dévalorisant, rigide, maltraitant ou trop exigeant peut avoir pour conséquence une mauvaise estime de soi, un sentiment d’incompétence, un mal-être général qui vont amplifier les symptômes…

Inversement, je suis persuadée que l’environnement actuel et certaines mauvaises habitudes (ex: Mode du multi-tâche, du travail en open spaces, des interruptions et distractions continues, manque de sommeil et sédentarité…) sont aussi propices à l’augmentation des difficultés attentionnelles et exécutives, sans qu’on ait pour autant un TDAH.

En conclusion, diagnostiquer un TDAH chez une personne, enfant et adulte, n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Certains profils TDAH sont plus évidents à identifier que d’autres, plus complexes.

Catherine Demoulin

Pour aller plus loin: