Bouger pour être plus attentif

Après avoir évoqué les effets positifs, chez l’adulte, de l’exercice physique sur la mémoire, voici un aperçu de ses bénéfices sur l’attention, et plus précisément dans le traitement du TDAH.

Le TDAH

Le diagnostic de TDA/H (trouble dysfonctionnel de l’attention avec ou sans hyperactivité) est généralement évoqué quand les symptômes suivants sont particulièrement importants, fréquents et ont des conséquences négatives sur l’individu:

  • Manque de contrôle de l’attention, de concentration
  • Grande distractibilité
  • Impulsivité (comportementale ou cognitive)
  • Agitation (motrice ou cognitive)
  • Difficultés d’organisation
  • Difficulté à réguler ses émotions

Un trouble accentué par notre mode de vie ?

Bien qu’il y ait toujours eu des enfants beaucoup plus actifs, turbulents ou moins attentifs que d’autres, on peut se demander si notre société actuelle ne favorise pas l’inattention et l’hyperactivité.

En effet, nous sommes constamment bombardés d’informations et de stimulations diverses, via les écrans notamment, et parallèlement, notre société est de plus en plus sédentaire. Ainsi, beaucoup d’enfants ne se défoulent pas assez: ils sont conduits à l’école en voiture pour ensuite rester une bonne partie de la journée assis. Une fois à la maison, il y a les devoirs et les loisirs, parmi lesquels les écrans. Les enfants marchent et jouent de moins en moins à l’extérieur, c’est un fait. Heureusement, certains ont l’opportunité de pratiquer un sport, mais cette bonne habitude n’est pas toujours poursuivie à l’adolescence. 

Pour beaucoup d’enfants et d’adolescents, on est donc bien loin des 60 minutes d’activité physique quotidiennes recommandées. Des études montrent d’ailleurs que leur capacité cardio-vasculaire a diminué de 25% en 40 ans… Ainsi, en 1971, un collégien courait 600 mètres en 3 minutes, en 2013 pour cette même distance, il lui en faut 4.

Si une majorité de jeunes semble, malgré tout, bien fonctionner dans un environnement sédentaire, d’autres, par contre, ont toutes les peines du monde à s’y adapter. Ils peinent à se concentrer lors des travaux scolaires, à résister aux distractions, à rester en place, à patienter calmement, à se mettre au travail, à ne pas procrastiner…

Pour ceux-là en particulier, qu’ils aient véritablement un TDAH ou non, il est primordial de repenser les habitudes de vie et notamment de favoriser les activités physiques et le mouvement dans le quotidien : en privilégiant la marche ou le vélo pour les petits déplacements, les jeux en plein air, en utilisant un ballon type Swiss Ball comme siège, en pratiquant un sport, en se promenant davantage… En effet, nous allons voir plus loin que l’exercice physique a des effets immédiats et à long terme sur l’attention.

Certains enseignants l’ont bien compris et ont aménagé leur classe de manière à ce que ceux qui veulent bouger puissent le faire sans déranger. Pour certains, bouger est en effet une manière de se tenir éveillé, plus alerte et donc plus attentif aux apprentissages.

Effets de l’activité physique sur le TDAH

Une étude de 2017 a passé en revue la littérature scientifique portant sur cette question. Voici principalement ce qu’il en ressort :

Immédiatement après une séance d’exercice cardio (courses à pied, vélo,…), des effets bénéfiques sont observés chez des enfants avec TDAH. Plus précisément, ces études révèlent une amélioration des fonctions cognitives suivantes :

  • la capacité d’inhibition
  • le contrôle cognitif
  • l’attention sélective
  • la flexibilité
  • la vitesse de traitement
  • la vigilance.

Cela peut conduire à l’augmentation de certaines performances scolaires, notamment en compréhension à la lecture ou en arithmétique, juste après une activité physique. Dans plusieurs études, parents et enseignants rapportent également une amélioration de certains comportements perturbateurs.Des ets à long terme

L’exercice cardio régulier aurait aussi des effets persistants sur la cognition. Plusieurs études ont en effet mis en évidence une amélioration à long terme de l’attention soutenue, l’attention sélective, la flexibilité, la planification, l’inhibition, la mémoire de travail verbale, la vitesse de traitement ou encore la coordination motrice chez des enfants avec TDAH.

En conclusion, que ce soit à court ou à plus long terme, l’activité physique comporte des bénéfices qui sont particulièrement intéressants pour les personnes présentant les caractéristiques du TDAH.

Comment expliquer ces effets ?

L’exercice physique suffisamment intense et d’une certaine durée améliorerait le fonctionnement cognitif et comportemental des enfants avec TDAH en agissant sur le développement et la croissance des neurones, ainsi que sur les neurotransmetteurs.

En particulier, l’exercice augmente le taux de catécholamines (un groupe de neurotransmetteurs dont font partie la dopamine et la noradrénaline) qui serait typiquement réduit dans certaines zones du cerveau, dans le TDAH. Ces neurotransmetteurs en question jouent un rôle clé, notamment, dans la régulation de l’attention, la vigilance, les émotions et la motivation.

Des médicaments comme le Méthylephénidate, prescrit aux personnes avec TDAH, joue d’ailleurs sur le taux de dopamine en inhibant la recapture des catécholamines, et particulièrement de la dopamine, et stimule leur libération depuis le neurone en amont. 

Autrement dit, l’exercice physique aurait des effets neurobiologiques à peu près similaires aux psychostimulants, en augmentant la disponibilité des catécholamines dans le cerveau. Mais à la différence des médicaments, la pratique régulière d’une activité physique pourraient avoir des effets plus durables sur le cerveau.

En conclusion, l’exercice physique régulier (ex : 30 minutes de cardio par jour) peut être une option à envisager dans la prise en charge des enfants présentant un TDAH, particulièrement quand le traitement pharmaceutique veut être évité par les parents ou qu’il n’a pas les effets escomptés. Cependant, le programme d’exercice devrait être bien sûr adapté à chaque enfant et à sa condition physique. Idéalement, l’école devrait aussi intégrer l’exercice physique au quotidien, comme le défend Paul Zientarski dans sa présentation TED. Certaines écoles ont tenté l’expérience avec de beaux résultats, semble-t-il.

Catherine Demoulin