Les bénéfices de l’activité physique sur l’attention

Après avoir évoqué les effets positifs de l’exercice sur la mémoire chez l’adulte dans un précédent article, voici un aperçu de ses bénéfices sur l’attention et plus précisément, dans le traitement du TDAH.

Le TDAH

Le trouble dysfonctionnel de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) est un trouble neuro-développemental qui entraîne une perturbation du fonctionnement cognitif, avec également des perturbations des comportements et des émotions. Le diagnostic est généralement évoqué quand les symptômes suivants sont particulièrement importants, fréquents et ont des conséquences négatives sur l’individu:

  • Manque de contrôle de l’attention, de concentration
  • Grande distractibilité
  • Impulsivité (comportementale ou cognitive)
  • Agitation (motrice ou cognitive)
  • Difficultés d’organisation

En fonction de l’impact (modéré ou sévère) du TDAH, différentes options peuvent être envisagées pour aider l’enfant : médicament, psychoéducation, Thérapie Cognitivo-Comportementale, remédiation cognitive, aménagements scolaires, guidance parentale… 

Mais qu’en est-il des effets de l’activité physique sur le TDAH?

Une récente étude de 2017 a passé en revue la littérature scientifique portant sur cette question. Voici principalement ce qu’il en ressort :

Des effets immédiats

Plusieurs études rapportent de façon consistante qu’immédiatement après une séance d’exercice cardio (courses à pied, vélo,…), des effets bénéfiques sont observés chez des enfants avec TDAH. Plus précisément, ces études révèlent une amélioration des capacités d’inhibition, du contrôle cognitif, l’attention sélective, la flexibilité, la vitesse de traitement et la vigilance. Cela pourrait expliquer l’augmentation de certaines performances scolaires, notamment en compréhension à la lecture ou en arithmétique, observées dans des études, juste après une activité physique. Parents et les enseignants rapportent également une amélioration de certains comportements perturbateurs.

Des effets à long terme

L’exercice cardio régulier aurait aussi des effets persistants sur la cognition. Plusieurs études ont en effet mis en évidence une amélioration à long terme de l’attention soutenue, l’attention sélective, la flexibilité, la planification, l’inhibition, la mémoire de travail verbale, la vitesse de traitement ou encore la coordination motrice chez des enfants avec TDAH. Or, ce sont justement ces fonctions cognitives qui sont typiquement déficitaires dans le TDAH

En conclusion, que ce soit à court ou à plus long terme, l’activité physique comporte des bénéfices qui sont particulièrement intéressants pour les personnes présentant les caractéristiques du TDAH.

Comment expliquer ces effets ?

L’exercice physique suffisamment intense et d’une certaine durée améliorerait le fonctionnement cognitif et comportemental des enfants avec TDAH en agissant sur le développement et la croissance des neurones, ainsi que sur les neurotransmetteurs. En particulier, l’exercice augmente le taux de catécholamines (un groupe de neurotransmetteurs dont font partie la dopamine et la noradrénaline) qui serait typiquement réduit dans certaines zones du cerveau, dans le TDAH. Ces neurotransmetteurs en question jouent un rôle clé, notamment, dans la régulation de l’attention, la vigilance, les émotions et la motivation.

Des médicaments comme le Méthylephénidate, prescrit aux personnes avec TDAH, joue d’ailleurs sur le taux de dopamine en inhibant la recapture des catécholamines, et particulièrement de la dopamine, et stimule leur libération depuis le neurone en amont. 

Autrement dit, l’exercice physique aurait des effets neurobiologiques à peu près similaires aux psychostimulants, en augmentant la disponibilité des catécholamines dans le cerveau. Mais à la différence des médicaments, la pratique régulière d’une activité physique pourraient avoir des effets plus durables sur le cerveau.

L’exercice physique régulier (ex : 30 minutes de cardio par jour) peut être une option à envisager dans la prise en charge des enfants présentant un TDAH, particulièrement quand le traitement pharmaceutique veut être évité par les parents ou bien qu’il n’a pas les effets escomptés. Cependant, le programme d’exercice devrait être bien sûr adapté à chaque enfant et à sa condition physique.

Un trouble accentué par nos modes de vie ?

Notre société est de plus en plus sédentaire: beaucoup d’enfants sont conduits à l’école en voiture pour ensuite rester une bonne partie de la journée assis. Une fois rentré, il y a les devoirs, puis les loisirs, parmi lesquels les écrans sont de plus en plus présents. Les enfants jouent et marchent de moins en moins à l’extérieur. Certains enfants pratiquent un sport régulièrement mais cette bonne habitude n’est pas toujours poursuivie à l’adolescence. Pour beaucoup d’enfants, on est bien loin des 60 minutes d’activité physique quotidiennes recommandées. Des études montrent d’ailleurs que la capacité cardio-vasculaire des enfants a diminué de 25% en 40 ans… Ainsi, en 1971, un collégien courait 600 mètres en 3 minutes, en 2013 pour cette même distance, il lui en faut 4.

Si une majorité de jeunes semble, malgré tout, bien fonctionner dans un environnement sédentaire, d’autres, par contre, ont toutes les peines du monde à s’y adapter, se concentrer, résister aux distractions, rester en place, calmes, silencieux, patients. Pour ceux-là en particulier, qu’ils aient un TDAH ou non, il semble primordial de repenser les habitudes de vie et notamment de favoriser les activités physiques et le mouvement dans le quotidien: en privilégiant la marche ou le vélo pour les petits déplacements, les jeux en plein air, en utilisant un ballon type Swiss Ball comme siège, en pratiquant un sport, en se promenant davantage…

Idéalement, l’école devrait aussi intégrer l’exercice physique au quotidien, comme le défend Paul Zientarski dans sa présentation TED. Certaines écoles ont tenté l’expérience avec de beaux résultats, semble-t-il.

Catherine Demoulin