Comment développer le goût et l’habitude de la lecture chez vos enfants ?

Apprendre à lire demande beaucoup d’efforts, de pratique et une méthode adéquate d’enseignement. Mais devenir un grand lecteur, qui prend plaisir à lire, nécessite, non seulement de la pratique, mais aussi de bonnes attitudes parentales. Le rôle des parents pour construire les lecteurs passionnés de demain est, en effet, indispensable dans le monde actuel, comme je le défends dans cet article.

Le constat 

Aujourd’hui, il est de moins en moins évident de développer le goût de la lecture chez les jeunes et de faire de la lecture un de leurs loisirs favoris. Plusieurs études le montrent: le temps consacré à la lecture baisse de plus en plus. En outre, le dernier rapport Pisa, publié en décembre 2016, montre que les performances en lecture des élèves francophones sont en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE.

Une des raisons à la baisse du temps passé à lire semble évidente. Dès leur plus jeune âge, les enfants d’aujourd’hui vivent entourés d’écrans qui capturent leur attention toujours plus efficacement et de jeux vidéo toujours plus stimulants, toujours plus addictifs. Et avec les Smartphones qui nous accompagnent partout (et qu’on possède de plus en plus tôt), surfer sur Internet pour y regarder des choses sans grand intérêt, est toujours plus tentant que la lecture d’un bouquin. Le temps passé derrière les écrans augmente donc continuellement (pour les grands comme pour les petits) au détriment des activités comme la lecture d’un livre, d’un journal…

Ceci n’est certainement pas une énième critique des écrans mais comment, dans un tel contexte, faire en sorte que les enfants songent à se plonger dans un livre quand ils en ont l’occasion ?

 

Le rituel de l’histoire du soir dès le plus jeune âge

L’amour des livres se développe tôt. Pour les parents de jeunes enfants, si ce n’est déjà fait, c’est le moment d’instaurer un rituel : la lecture du soir. Prenez le temps de partager un moment de lecture plein de tendresse avec votre enfant, et ce dès ses premières années. Une fois cette habitude prise, le livre sera profondément associé à des émotions positives. En outre, l’histoire du soir a le don de calmer les enfants. Une bonne dose d’ocytocine (l’hormone de l’attachement) et d’endorphine (l’hormone du bien-être) avant de s’endormir rend vite les enfants accros à ces moments partagés, et c’est tant mieux.

Il est fort probable que votre enfant prolonge spontanément ce rituel, en lisant de lui-même un livre avant de s’endormir…

NB : Il va s’en dire que les écrans n’ont rien à faire dans la chambre au moment du coucher, surtout chez les plus jeunes. Et donc, évitez les histoires ou comptines diffusées sur tablette juste avant le coucher. Un grand nombre d’études indiquent en effet que la lumière bleue émise par les écrans active cent fois plus les récepteurs photosensibles non visuels de la rétine (cellules ganglionnaires) que la lumière blanche d’une lampe et favorise l’éveil…. ce qui, à l’heure du coucher, est assez problématique (pour en savoir plus, voir ici).

Image du film « Boyhood »

Un temps pour la lecture 

Si l’on veut que ses enfants passent davantage avec un livre en mains au lieu d’une tablette ou d’un joystick, il faut aussi montrer l’exemple et lire régulièrement (et pas  seulement derrière un écran). Pour les jeunes enfants, les parents sont le premier exemple à suivre. Si votre enfant vous voit régulièrement un livre en main et qu’il a, lui aussi, à portée de main, de chouettes livres, il y a de fortes chances qu’il en fasse de même. En revanche, s’il vous voit constamment sur votre Smartphone, ça risque d’être plus compliqué…

Laissez trainer des livres susceptibles de plaire à votre enfant, bien en vue sur la table du salon et dans sa chambre… Dès qu’il ne saura pas à quoi jouer ou qu’il aura envie de faire une pause, il en piochera un et le lira. Mais pour que l’enfant choisisse de passer un moment à lire quand il en a l’occasion, il faut évidemment qu’il y ait des limites claires au temps passé devant les écrans (ex : seulement le WE), car en compétition avec une partie sur la PlayStation ou un dessin-animé sur Netflix, le meilleur des livres n’aura que peu de chances.

 

Le droit de choisir leurs lectures

Si votre enfant ne jure que par les BD Picsou ou les mangas et refuse de s’attaquer aux livres que vous estimez de qualité (« A ton âge, je lisais Jules Verne ! »), peu importe ! Le principal est l’habitude qui s’installe  : il consacre un moment de son temps à la lecture et y prend du plaisir. Quand il en aura marre des Picsous, il les remplacera par autre chose. Le forcer à lire tel livre « parce que c’est un bon livre » est le meilleur moyen pour le dégoûter.

Emmenez-le régulièrement en librairie, en bibliothèque et laissez-lui faire ses choix. Bien sûr rien ne vous empêche de lui offrir des livres que vous pensez qu’il aimera ou de lui en suggérer.

Personnellement, les livres sont les seuls achats où je dis rarement non à mes enfants. Pour moi, leur refuser des livres, c’est un peu comme leur refuser d’acheter des fruits qu’ils souhaiteraient manger. Évidemment, ça coûte de l’argent mais j’achète beaucoup en magasins de seconde main et y revends beaucoup également. Les enfants peuvent aussi échanger des livres avec leurs copains ou économiser pour s’offrir la dernière BD tant convoitée qui achèvera leur collection. Je vois aussi ça comme un investissement : le temps qu’ils passent à lire ce qu’ils aiment, c’est du temps pendant lequel ils développent leurs connaissances, leur vocabulaire, leur vitesse de lecture, leur syntaxe, leur orthographe…

 

Ne comptez pas trop sur l’école 

Le rôle premier de l’école, c’est d’apprendre à lire et à écrire aux enfants, puis plus tard, de leur faire découvrir quelques grands courants de la littérature, mais pas de stimuler le plaisir de lire ou d’écrire. Si certains enseignants y arrivent, c’est génial mais je pense que c’est à la maison que le plaisir de lire a le plus de chance de se développer.

La tendance actuelle est à la course, à la productivité, au mode multitâches, à l’immédiateté, etc. Tout le contraire d’un moment passé avec un livre. Je crois donc qu’il est indispensable et salutaire d’instaurer davantage de moments consacrés à la lecture : des moments où appareils et écrans sont en veille, où l’on se pose tous pour se plonger dans un livre quelques minutes ou quelques heures. Pas qu’en vacances, mais au quotidien.

 

« Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. »

Marcel Proust, Sur la lecture.